Tamarind woman
(Bloomsbury, 2002)

Memsahib
Traduit de l'anglais par Françoise Adelstain
(P. Rey 2004)

 

 

Tamarind Woman est un récit à deux voix, plutôt plaisant mais sans grande originalité si l’on a déjà lu, entre autres, Le Dieu des petits rien d’Arundhati Roy, les romans de Chitra Banerjee Divakaruni, de Manju Kapur, de Bharatee Mukherjee ou d'Anita Desai ; l’auteure emprunte en effet des voies bien tracées, entre réminiscences familiales et destins de femmes en racontant l’existence de celle que son entourage a surnommée « Tamarind Woman » (pour l’acidité de sa langue et son caractère coléreux et impulsif) et les relations qu'elle entretient avec sa fille Kamini, partie étudier au Canada ; des relations tendues qui permettent à l’auteur de mettre en place des thèmes devenus quelque peu conventionnels : le fossé entre générations (Inde traditionnelle contre Inde moderne), les mariages arrangés, les tentatives d‘émancipation des femmes et leurs espérances frustrées, l’héritage colonial, etc.

Plus particulièrement, l’auteure cherche à définir les notions de passé et de mémoire, et comprendre comment les mêmes événements peuvent être interprétés différemment selon la place que l’on tient dans l’histoire : d’un côté, Kamini avec son regard d’enfant, de l’autre sa mère, une femme déjà usée à trente ans, croulant sous le poids d’une vie et d’un rôle qu’elle n’a pas choisis.
D’autres éléments tendent à renforcer la banalité des intrigues et entretiennent des clichés exotiques dont le lecteur amateur de littérature anglo-indienne a tendance à se lasser : une improbable histoire d’amour, évoquée en filigrane, qui se marie assez mal au reste du récit, des événements prévisibles, une surdose de bons sentiments et quelques souvenirs un peu surfaits. Ces impressions de déjà-vu ne sont pas totalement négatives si l'on s’attend à pénétrer dans un monde romanesque touchant mais sans grande envergure... L’écriture d’Anita Rau Badami compense cependant le « classicisme » de l’ensemble : un style légèrement oralisé, des touches de comédie, une prose qui sait se faire poétique et quelques personnages secondaires pittoresques, comme la vieille Linda Ayah, qui veille d’un œil perçant sur la maisonnée et dont les croyances extravagantes effrayent les enfants.
La romancière avoue avoir voulu d'abord écrire un récit autobiographique et le lecteur le perçoit d'emblée ; se ravisant, Anita Rau Badami s'est ensuite décidée à composer un récit fictif : une incapacité à trancher qui fait de Tamarind Woman un récit hybride, une sorte d'auto-fiction romancée mais malheureusement sans profondeur.

Blandine Longre
(juillet 2003)

Bloomsbury
http://www.bloomsburymagazine.com

http://www.umiacs.umd.edu/users/sawweb/sawnet/books/anita_rau_badami.html

http://collection.nlc-bnc.ca/100/202/300/january/2001/01-01-08/raubadami.html

http://mostlyfiction.com/excerpts/tamarindwoman.htm