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Brooklyn, 1935. Dans le taudis des McCourt, la joie règne
à la naissance de la petite dernière. Les grands frères,
Frank, 5 ans et Malachy, 4 ans, s'occupent tant bien que mal de
leurs petits frères jumeaux, tandis que leur père
ne cesse de s'émerveiller devant son unique fille. Celle-ci
s'éteint quelques semaines plus tard. La mère, Angela,
accablée par le chagrin et les grossesses répétées,
sombre dans la dépression, Malachy père part noyer
sa peine dans l'alcool et les enfants livrés à eux-mêmes,
sont pris en charge par la voisine. C'est leur grand-mère
irlandaise qui enverra l'argent des billets de retour. A
cinq ans, Frank dit adieu à la Statue de la Liberté
et fait la connaissance de la Sainte Vierge, idole d'une terre,
l'Irlande, qui ne sait plus que faire de ses masses affamées,
enfermée dans le carcan d'un catholicisme omniprésent
et fanatique et qui vit dans une haine féroce de l'ancien
envahisseur, l'Anglais. Le pays, libre depuis peu (1921), qui refuse
à Malachy senior l'argent qu'il pense lui être dû
pour ses services rendus à l'IRA avant son émigration
aux Etats-Unis.
La famille s'installe dans les quartiers insalubres de Limerick
où, tout comme à Brooklyn, Malachy boit son chômage
ou ses rares salaires tout en prônant des valeurs peu adaptées
au dénuement misérable des siens, tandis qu'Angela
mendie pour nourrir et vêtir ses enfants, ce que son mari
"du Nord" ne s'abaisse pas à faire.
Le ton est posé dès les premières séquences,
et on ne quittera plus que très rarement les rues et les
bas-fonds humides de Limerick, grouillante d'enfants malingres,
traversée par l'insalubre rivière Shannon
qui apparaît régulièrement dans le champ.
Ce film est une fidèle adaptation des mémoires de
Frank McCourt, un récit poignant qui lui valut le Pulitzer
Prize en 1997, un ouvrage traduit dans 25 langues, à la renommée
mondiale. Tout au long du film (dont les dialogues sont directement
tirés du livre sans subir de transformation majeure), la
voix off du narrateur intervient, commente, de façon parfois
très humoristique, certaines séquences clés,
sélectionnées par Parker. C'est au début du
film que le réalisateur choisit de placer ce constat de McCourt,
qui porte un regard implacable mais non dénué d'humour
sur son pays et qui résume parfaitement l'ensemble :
" Lorsque je repense à mon enfance, je me demande comment
j'ai survécu. C'était, bien sûr, une enfance
malheureuse (...) mais une enfance irlandaise malheureuse est pire
qu'une enfance malheureuse ordinaire, et il y a pire encore : une
enfance catholique irlandaise malheureuse."
Alan Parker l'avoue, "adapter une oeuvre littéraire
célèbre est délicat ..." et il est vrai
que le film, tout en rendant honneur au livre, en est une version
passablement édulcorée, en dépit du fait que
l'ensemble demeure une reconstitution sordide et pathétique
à souhait. Le visage impassible d'Emily Watson est en parfaite
adéquation avec la résignation du personnage d'Angela,
qui, malgré l'enfer qu'elle vit, est une mère courage
impénétrable mais aimante. C'est le personnage de
Malachy, le père, qui est traité de façon beaucoup
plus attachante que par McCourt, et Robert Carlyle, en habitué
des rôles de chômeurs désespérés
(Riff Raff de Ken Loach, ou The Full Monty), analyse ainsi le comportement
de ce père qui fuit ses responsabilités : "C'eut
été trop facile de faire de ce type un méchant.
Je vois en lui une victime, au même titre que les autres,
son seul péché étant de s'adonner à
l'alcool. Mais faire de Malachy McCourt le salaud de l'histoire
serait exonérer la société qui tolère
de telles conditions d'existence." Chez McCourt, le portrait
du père est rendu d'autant plus terrible qu'il est fait par
un enfant tenaillé jour et nuit par une faim obsédante
qui imprègne l'ouvrage tout entier. Et en effet, le récit
de l'auteur possède un charme indéniable, fondé
sur une narration de l'instant et de l'immédiat que l'on
ressent moins dans le film d'Alan Parker, car il manque à
ce dernier une certaine épaisseur narrative ; cela en dépit
du fait que tout du long, la voix off du narrateur intervient, commente,
de façon parfois très humoristique, certaines séquences
sélectionnées par Parker, et ces choix, inévitablement
subjectifs ne sont pas toujours judicieux.
On ne saurait néanmoins trop s'attarder à comparer
le livre et le film, car la nature même du média cinéma
impose brièveté et concision, et que les films dit
"littéraires" pâtissent fréquemment
de la faiblesse de l'adaptation à l'écran.
Mais ne serait-ce que pour ceux qui n'auraient pas lu l'ouvrage,
il faut souligner qu'en dépit de ses imperfections, le film
possède des qualités propres, en particulier dans
l'interprétation. Emily Watson et Robert Carlyle excellent
dans leurs rôles de miséreux malmenés par la
vie, et les enfants, que ce soit le petit Frank aux trois époques
différentes de son enfance et de son adolescence, ou encore
ses frères et ses copains, sont parfaits et authentiques;
le plus poignant d'entre eux étant assurément Frank
enfant (Joe Breen), entre cinq et neuf ans. Nul doute que ce film
encouragera ceux qui n'ont pas lu l'ouvrage à s'en emparer
et incitera les autres à s'y replonger.
B.Longre
(mars 2000)

site officiel
http://www.angelasashes.com/
Franck Mc
Court
http://www.homearts.com/depts/family/28mccof1.htm
http://www.simonsays.com/book/default_book.cfm?isbn=0684874350
http://www.potpourri.org/bios/bio_frank.html
http://www.annonline.com/interviews/970414/
le dernier
livre de Frank McCourt, 'Tis
http://www.liberation.fr/livres/2000mars/0302mccourt.html
Alan Parker
http://movies.uip.de/evita/filmakers/ParkerBio.htm
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