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Andrea Demarchi
signe là son premier roman ; un roman épistolaire
ne comportant qu'un narrateur, Sandrino, vingt-six ans, qui vient
de s'embarquer un peu à contrecoeur sur les routes d'Italie,
avec son ami Frassati, dit le "Géant" ; c'est ce
dernier qui a convaincu Sandrino que sa jeunesse n'était
pas perdue et que leurs multiples projets théâtraux
(le plus souvent des fiascos) pourraient enfin aboutir. Car Frassati
vient d'inventer un nouveau concept, le théâtre d'appartement,
la représentation à domicile permettant aux spectateurs
d'assister à une pièce sans quitter leur salon...
Sandrino et le Géant ont monté, plusieurs années
auparavant, le Collectif Laboratoire Artaud, une troupe ne comportant
que deux membres (le premier acteur et le second metteur en scène)
mais leur rêve de gloire se sont peu à peu éteints,
laissant place, dans l'esprit du narrateur, à de nombreuses
interrogations : lui qui voue un culte à sa jeunesse, il
la sent peu à peu s'éloigner et comme pour s'y raccrocher,
il ne cesse de citer les romans qu'il lit, la musique qui le berce
depuis ses années de lycée, tout particulièrement
Led Zeppelin (et la voix de Robert Plant...) les films qui l'ont
marqué, les virées et les voyages initiatiques. Faut-il
persévérer dans la voie peu gratifiante du théâtre
d'avant-garde, continuer à vivre précairement, au
jour le jour, un peu en nomade ? Ou bien, comme la plupart des gens
de son âge, enfin mener "une vie très réglée,
une de ces vies dont tu connais déjà la fin, une bonne
fin : obtenir ma maîtrise, passer le concours d'enseignement,
devenir un professeur modèle"...
Ses pensées, il les livre à une amie par le biais
de nombreuses missives envoyées durant l'été,
tandis qu'avec Frassati, ils font halte dans divers endroits de
l'Italie afin de jouer leur spectacle, Lettres d'amour...
Un subtil jeu de mise en abîme se construit sous nos yeux
: un roman épistolaire narre un voyage théâtralisé,
en quatre actes et un épilogue, effectué par un narrateur
comédien-auteur qui s'est inspiré d'une correspondance
avec l'une de ses amies pour créer son texte et qui, dans
la vie, semble vouer une bonne partie de son temps à sa correspondance
privée. Parfois, Sandrino compare son existence à
une scène ("A vingt-six ans, je suis encore là,
à jouer le rôle de l'acteur vagabond (...). Combien
de temps cette comédie pourra-t-elle durer ?") et
à d'autres moments, il préfère penser que "C'est
la vie, un point c'est tout, sans toutes ces métaphores".).
Sandrino et le chant céleste
de Robert Plant est aussi un road-movie très
drôle, où l'auteur use du genre épistolaire
pour égratigner au passage quelques traits de la société
italienne. C'est aussi la chronique désabusée mais
lucide d'un post-jeune qui refuse de vieillir, et dont l'existence
paraît comme en suspens, mais qui ne se lasse pas de tout
tourner en dérision, des soirées théâtrales
à domicile (dont l'une s'achève en "Apocalypse
Now") aux journées sur la plage (un lieu "d'un
dépressif et d'un touristique bas-teutonique gênant")
ou aux voyages avec son ami Frassati (toujours un peu dépressif
et encombrant) pour notre plus grand plaisir.
B.Longre
(janvier
2002)

Le
Serpent à Plumes
http://www.serpentaplumes.com
http://www.nonleggere.it/narrativa/blu1/Andrea_Demarchi/schedaautore.ASP
Théâtre
d'appartement...
http://perso.wanadoo.fr/phalene
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