Sandrino et le chant céleste
de Robert Plant

Le Serpent à Plumes, février 2002
collection fiction étrangère

 

Andrea Demarchi signe là son premier roman ; un roman épistolaire ne comportant qu'un narrateur, Sandrino, vingt-six ans, qui vient de s'embarquer un peu à contrecoeur sur les routes d'Italie, avec son ami Frassati, dit le "Géant" ; c'est ce dernier qui a convaincu Sandrino que sa jeunesse n'était pas perdue et que leurs multiples projets théâtraux (le plus souvent des fiascos) pourraient enfin aboutir. Car Frassati vient d'inventer un nouveau concept, le théâtre d'appartement, la représentation à domicile permettant aux spectateurs d'assister à une pièce sans quitter leur salon... Sandrino et le Géant ont monté, plusieurs années auparavant, le Collectif Laboratoire Artaud, une troupe ne comportant que deux membres (le premier acteur et le second metteur en scène) mais leur rêve de gloire se sont peu à peu éteints, laissant place, dans l'esprit du narrateur, à de nombreuses interrogations : lui qui voue un culte à sa jeunesse, il la sent peu à peu s'éloigner et comme pour s'y raccrocher, il ne cesse de citer les romans qu'il lit, la musique qui le berce depuis ses années de lycée, tout particulièrement Led Zeppelin (et la voix de Robert Plant...) les films qui l'ont marqué, les virées et les voyages initiatiques. Faut-il persévérer dans la voie peu gratifiante du théâtre d'avant-garde, continuer à vivre précairement, au jour le jour, un peu en nomade ? Ou bien, comme la plupart des gens de son âge, enfin mener "une vie très réglée, une de ces vies dont tu connais déjà la fin, une bonne fin : obtenir ma maîtrise, passer le concours d'enseignement, devenir un professeur modèle"...
Ses pensées, il les livre à une amie par le biais de nombreuses missives envoyées durant l'été, tandis qu'avec Frassati, ils font halte dans divers endroits de l'Italie afin de jouer leur spectacle, Lettres d'amour... Un subtil jeu de mise en abîme se construit sous nos yeux : un roman épistolaire narre un voyage théâtralisé, en quatre actes et un épilogue, effectué par un narrateur comédien-auteur qui s'est inspiré d'une correspondance avec l'une de ses amies pour créer son texte et qui, dans la vie, semble vouer une bonne partie de son temps à sa correspondance privée. Parfois, Sandrino compare son existence à une scène ("A vingt-six ans, je suis encore là, à jouer le rôle de l'acteur vagabond (...). Combien de temps cette comédie pourra-t-elle durer ?") et à d'autres moments, il préfère penser que "C'est la vie, un point c'est tout, sans toutes ces métaphores".). Sandrino et le chant céleste de Robert Plant est aussi un road-movie très drôle, où l'auteur use du genre épistolaire pour égratigner au passage quelques traits de la société italienne. C'est aussi la chronique désabusée mais lucide d'un post-jeune qui refuse de vieillir, et dont l'existence paraît comme en suspens, mais qui ne se lasse pas de tout tourner en dérision, des soirées théâtrales à domicile (dont l'une s'achève en "Apocalypse Now") aux journées sur la plage (un lieu "d'un dépressif et d'un touristique bas-teutonique gênant") ou aux voyages avec son ami Frassati (toujours un peu dépressif et encombrant) pour notre plus grand plaisir.

B.Longre
(janvier 2002)

Le Serpent à Plumes
http://www.serpentaplumes.com

http://www.nonleggere.it/narrativa/blu1/Andrea_Demarchi/schedaautore.ASP

Théâtre d'appartement...
http://perso.wanadoo.fr/phalene