Prématurément en retrait de la vie après une
expédition dans les mers australes, Erasmus D. Wells se laisse
persuader par Zechariah Voorhes de repartir dans une nouvelle aventure
en Océan Arctique. A la tête d’un équipage
de 15 hommes issus d’origines diverses, « Zeke »
a pour objectif de retrouver les traces de l’explorateur Franklin
dont on est sans nouvelles et de gagner ainsi la célébrité.
Après son départ du port de Philadelphie le 28 mai
1855, le Narwhal emprunte un long trajet à travers le labyrinthe
des îles et détroits du Nord du Canada, à l’Ouest
du Groenland. A la grande déception d’Erasmus, naturaliste
formé par son père dès le plus jeune âge,
le périple laisse trop peu de temps à la découverte
de l’environnement et à la collecte de précieux
spécimens des faune et flore arctiques, ce qu’il aime
à faire avec son ami, le docteur Boerhave.
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Après avoir rassemblé
de maigres indices du passage de Franklin auprès d’une
tribu Inuit, le Narwhal rebrousse chemin, pressé par
l’approche de l’hiver. Dans son entêtement
à découvrir le mythique passage du Nord-Ouest,
le navire se retrouve bloqué par la banquise. Les hommes
passent l’hiver dans cet univers désolé,
puisant dans les réserves que Zeke avait pris soin,
bien intentionnellement, de constituer avant le départ.
Epuisés, rongés par le scorbut et amputés
de plusieurs de leurs compagnons, dont le docteur Boerhaave,
les survivants finissent à l’arrivée du
printemps par se désolidariser de Zeke qui veut poursuivre
l’aventure pour une nouvelle saison. Unanimes dans leur
refus, ils laissent leur commandant partir seul puis, ne le
voyant pas revenir à la date prévue, abandonnent
le Narwhal, avant d’être recueillis par miracle
par une flotte de baleiniers.
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Alors que le
Dr Kane, autre rescapé des contrées polaires, defraye
la chronique en contant ses aventures dans le Grand Nord, le retour
des hommes du Narwhal passe complètement inaperçu
et Erasmus se voit reprocher par sa sœur Lavinia d’avoir
abandonné Zeke, auquel celle-ci était promise.
Se remettant
difficilement de ce nouvel échec, de la mort de Boerhaave
et de l’amputation de ses orteils gelés lors du retour,
Erasmus reçoit comme un nouveau choc la réapparition
inattendue de Zeke, accompagné d’une mère Inuit
et de son enfant, rebaptisés Anne et Tom. Subissant la rancune
de son ancien camarade, il entreprend de reconstituer une histoire
naturelle de son aventure polaire, avec l’aide de Alexandra,
l’amie de sa sœur. Pendant ce temps, Zeke obsédé
par la gloire, met en scène ses deux « captifs »
pour vendre au public américain ses exploits en Arctique.
Sa mégalomanie finira par tuer Anne, faute de retrouver les
siens, son squelette finira exhibé au Smithonian Institute…
Le voyage du Narwhal, second roman de
Andrea Barrett, titulaire du prestigieux National Book Award pour
Fièvre (Autrement, 2001), dépeint
avec justesse et réalisme l’époque des expéditions
lointaines, lorsque de nombreuses contrées inhospitalières
restaient encore à découvrir.
L’écrivain
américain nous conte l’équipée du Narwhal
sous de multiples facettes qui renforcent l’intérêt
de son œuvre : l’aventure vécue au jour le jour
par l’équipage, la description de l’imaginaire
véhiculé par ces explorations ainsi que leur médiatisation
dans la société du XIXème siècle, les
deux approches antagonistes du voyage symbolisées par Zeke
et Erasmus, enfin, le destin particulier de Erasmus qui, après
de nombreux échecs et une vie en retrait de la frénésie
de ses contemporains, réussit à la fin de l’histoire
à trouver une voie librement choisie et assumée. Entraîné
de bout en bout dans ce roman fleuve, à l’écriture
dense et souvent passionnante, le lecteur pourrait juste regretter
une fin quelque peu rapide, voire même un peu facile dans
ses effets, en comparaison de la grande qualité générale
de l’oeuvre.
Olivier
Weber
(avril 2003)

Autrement
http://www.autrement.com
http://www.identitytheory.com/people/birnbaum35.html
http://www.non.com/books/Barrett_Andrea_cc.html
http://dir.salon.com/books/int/1998/12/cov_02inta.html
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