Le voyage du Narwhal
Titre original : The Voyage of the Narwhal
Traduit de l’anglais (américain)
par Anne-Marie Kish
Autrement, collection Littératures, 2003

 


Prématurément en retrait de la vie après une expédition dans les mers australes, Erasmus D. Wells se laisse persuader par Zechariah Voorhes de repartir dans une nouvelle aventure en Océan Arctique. A la tête d’un équipage de 15 hommes issus d’origines diverses, « Zeke » a pour objectif de retrouver les traces de l’explorateur Franklin dont on est sans nouvelles et de gagner ainsi la célébrité. Après son départ du port de Philadelphie le 28 mai 1855, le Narwhal emprunte un long trajet à travers le labyrinthe des îles et détroits du Nord du Canada, à l’Ouest du Groenland. A la grande déception d’Erasmus, naturaliste formé par son père dès le plus jeune âge, le périple laisse trop peu de temps à la découverte de l’environnement et à la collecte de précieux spécimens des faune et flore arctiques, ce qu’il aime à faire avec son ami, le docteur Boerhave.

Après avoir rassemblé de maigres indices du passage de Franklin auprès d’une tribu Inuit, le Narwhal rebrousse chemin, pressé par l’approche de l’hiver. Dans son entêtement à découvrir le mythique passage du Nord-Ouest, le navire se retrouve bloqué par la banquise. Les hommes passent l’hiver dans cet univers désolé, puisant dans les réserves que Zeke avait pris soin, bien intentionnellement, de constituer avant le départ. Epuisés, rongés par le scorbut et amputés de plusieurs de leurs compagnons, dont le docteur Boerhaave, les survivants finissent à l’arrivée du printemps par se désolidariser de Zeke qui veut poursuivre l’aventure pour une nouvelle saison. Unanimes dans leur refus, ils laissent leur commandant partir seul puis, ne le voyant pas revenir à la date prévue, abandonnent le Narwhal, avant d’être recueillis par miracle par une flotte de baleiniers.

Alors que le Dr Kane, autre rescapé des contrées polaires, defraye la chronique en contant ses aventures dans le Grand Nord, le retour des hommes du Narwhal passe complètement inaperçu et Erasmus se voit reprocher par sa sœur Lavinia d’avoir abandonné Zeke, auquel celle-ci était promise.
Se remettant difficilement de ce nouvel échec, de la mort de Boerhaave et de l’amputation de ses orteils gelés lors du retour, Erasmus reçoit comme un nouveau choc la réapparition inattendue de Zeke, accompagné d’une mère Inuit et de son enfant, rebaptisés Anne et Tom. Subissant la rancune de son ancien camarade, il entreprend de reconstituer une histoire naturelle de son aventure polaire, avec l’aide de Alexandra, l’amie de sa sœur. Pendant ce temps, Zeke obsédé par la gloire, met en scène ses deux « captifs » pour vendre au public américain ses exploits en Arctique. Sa mégalomanie finira par tuer Anne, faute de retrouver les siens, son squelette finira exhibé au Smithonian Institute…


Le voyage du Narwhal, second roman de Andrea Barrett, titulaire du prestigieux National Book Award pour Fièvre (Autrement, 2001), dépeint avec justesse et réalisme l’époque des expéditions lointaines, lorsque de nombreuses contrées inhospitalières restaient encore à découvrir.
L’écrivain américain nous conte l’équipée du Narwhal sous de multiples facettes qui renforcent l’intérêt de son œuvre : l’aventure vécue au jour le jour par l’équipage, la description de l’imaginaire véhiculé par ces explorations ainsi que leur médiatisation dans la société du XIXème siècle, les deux approches antagonistes du voyage symbolisées par Zeke et Erasmus, enfin, le destin particulier de Erasmus qui, après de nombreux échecs et une vie en retrait de la frénésie de ses contemporains, réussit à la fin de l’histoire à trouver une voie librement choisie et assumée. Entraîné de bout en bout dans ce roman fleuve, à l’écriture dense et souvent passionnante, le lecteur pourrait juste regretter une fin quelque peu rapide, voire même un peu facile dans ses effets, en comparaison de la grande qualité générale de l’oeuvre.

Olivier Weber
(avril 2003)

Autrement
http://www.autrement.com

http://www.identitytheory.com/people/birnbaum35.html

http://www.non.com/books/Barrett_Andrea_cc.html

http://dir.salon.com/books/int/1998/12/cov_02inta.html