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L’amour
"global"
«
Ce n’est pas un banal coup de foudre, ce n’est pas une
bête histoire d’amour. Non, non et non. C’est
autre chose », écrit Solveig dans le journal intime
qu’elle a choisi d’écrire, en dépit de
ses principes… car elle a enfin quelque chose à raconter
et à confier depuis qu’elle a rencontré celui
qu’elle baptise d’emblée « le Monde »,
le garçon qui va prendre désormais beaucoup de place
dans ses pensées et dans sa vie. Elle se veut fidèle
à cet idéal amoureux (elle apprendra évidemment
que la réalité et ce qu’on s’imagine divergent
souvent), se définissant en opposition à son père,
le fameux « papillon » du titre qui va de femme en femme
sans s’y arrêter bien longtemps.
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Ce
roman de l’intime, ouvertement décalé,
met à jour les failles d’une existence singulière,
qui abonde en « grains de sable », de ceux qui
enrayent les plus belles machines : une mère morte
quelques mois plus tôt, dont l’absence pèse
paradoxalement très lourd, une éventuelle
future belle-mère que la jeune fille a peur de voir
s’installer trop vite, les errances de la Ni, son
amie qui s’est donnée au premier venu, la gaucherie
puis les accès/excès autoritaires d’un
père un peu dérouté par sa fille, sans
parler des conflits… «mondiaux» qui bouleversent,
justement, jusqu’au sens même de l’existence
et lui font goûter à la noire solitude, dont
les « dents injectent dans le cœur, pire
qu’un poison, un froid inconnu, intolérable.
»
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S’il faut
lire un seul roman (faut-il dire « pour adolescent »
?) ces jours, c’est bien La fille du papillon.
Anne Mulpas a su capturer la nature entière, expansive et
changeante d’une jeune fille au «cerveau »
parfois « tout ébouriffé », à
laquelle on s’attache dès les premiers mots, et dont
on suit avec bonheur ou inquiétude les sautes d’humeur,
les joies et les désespoirs, les sursauts d'espoir et les
oppressantes colères – pourtant jamais quelconques.
Solveig est certes une «adolescente» mais il serait
fort dommage de réduire le personnage à cette seule
construction socio-psychologique typiquement adulte… Elle
est humaine avant tout, une humaine qui tâche d’avancer
comme les autres, de se libérer de ces grains de sable qui
peuvent se faire montagnes, et s’efforce d’ouvrir les
portes qui ne cessent de claquer devant elle. La prose spontanée
(et toutefois très ouvragée, qui flirte souvent avec
le poétique et le métaphorique), parsemée de
petites notes, de chansons, de références littéraires
aussi, ou de dialogues enlevés, d’attentes sans fin
et d’hésitations, ne contient pas l’ombre d’un
cliché et la voix de Solveig fait indubitablement partie
de celles qui restent longtemps en mémoire, comme une petite
mélodie lancinante que l'on fredonnerait instinctivement.
Blandine
Longre
(décembre 2006)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice
en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout
particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à
la littérature pour la jeunesse, au théâtre
(texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

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