|
Du
même auteur : Atonement
(septembre
2001, J. Cape) à paraître en français
Parfois surnommé
"Ian Macabre" en Grande-Bretagne, Ian McEwan, à
cinquante ans, a obtenu il y a maintenant deux ans une des plus
prestigieuses récompenses littéraires pour un roman
qui s'apparente justement à une farce macabre. L'histoire
s'ouvre sur des funérailles, celles d'une quadragénaire
volage, épouse d'un éditeur racoleur, Molly Lane,
dont on fait la connaissance posthume à travers les souvenirs
de deux de ses anciens amants : Clive Linley, compositeur de grande
renommée qui, au cours du roman, tente d'achever La Symphonie
du Millénaire, et qui, dédié tout entier à
son art, n'hésite pas à se couper du monde pour mieux
créer. Le deuxième, Vermont Halliday, est lui prêt
à tout pour faire remonter les ventes du quotidien (sur le
déclin) dont il est le rédacteur en chef. En dépit
de leurs idéaux contradictoires, tous deux sont des amis
de longue date, leur "admiration" commune pour Molly les
ayant rapprochés. Mais (et ce, malgré d'étranges
promesses échangées), de troubles pensées les
habitent et leur amitié semble sérieusement malmenée
par trois photographies qui, si elles étaient publiées,
provoqueraient la chute inéluctable du cynique -et conservateur-
ministre des Affaires Etrangères, Julian Garmony (lui aussi
ex-amant de Molly...) et l'empêcheraient à jamais de
devenir un Premier Ministre rétrograde. Une publication qui
arrangerait Vermont mais qui, selon Clive, constituerait une trahison
envers la défunte Molly, la photographe ...
L'intrigue emberlificotée révèle la noirceur
des âmes, en dépit de l'admiration que l'on peut éprouver
pour Clide et la description minutieuse de ses techniques intuitives
de travail du compositeur, ou de la sympathie qu'éveille
en nous Vermont l'idéaliste de gauche, tout occupé
à dénoncer l'hypocrisie et l'opportunisme de certains
politiciens et aux prises avec ses supérieurs hiérarchiques.
Car Vermont et Clide sont eux aussi rongés par un égoïsme
qui leur laisse peu d'espoir de rédemption, et le cynisme
des personnages est le trait qui prend le dessus. En décrivant
les machinations et les états d'âmes de ces deux hommes,
l'auteur met au grand jour les dysfonctionnements d'une démocratie
souffrant d'une maladie symboliquement incarnée par Molly
(qui meurt d'une dégénérescence mentale) et
du pouvoir des media.
Mais Amsterdam ne peut se réduire à
une pure satire politico-médiatique et est avant tout l'histoire
de la chute dérisoire et par instants prévisible de
deux monstres (ou tout simplement de deux êtres humains) qui
dissimulent leurs pulsions morbides sous une respectabilité
très britannique et sous des succès publiques ; le
dénouement ne manquera pas de prendre le lecteur par surprise
car Ian McEwan, non content de manipuler ses protagonistes, s'en
prend aussi au lecteur, ne serait-ce que par le choix d'un titre
assurément presque trompeur et dont la signification n'apparaît
que très tardivement dans le récit ... Un roman à
découvrir dès parution.
B.
Longre

L'auteur
http://www.users.dircon.co.uk/~imcewan/
un extrait du roman
http://www.randomhouse.com/boldtype/1298/mcewan/excerpt.html
le Booker Prize
http://www.salon.com/books/feature/1998/10/29feature.html
autre roman
http://www.liberation.fr/livres/99mars/0325mcewan.html
|