Amsterdam
Booker Prize 1998

publié en France en mars 2001
(Gallimard)

 

Du même auteur : Atonement
(septembre 2001, J. Cape) à paraître en français

Parfois surnommé "Ian Macabre" en Grande-Bretagne, Ian McEwan, à cinquante ans, a obtenu il y a maintenant deux ans une des plus prestigieuses récompenses littéraires pour un roman qui s'apparente justement à une farce macabre. L'histoire s'ouvre sur des funérailles, celles d'une quadragénaire volage, épouse d'un éditeur racoleur, Molly Lane, dont on fait la connaissance posthume à travers les souvenirs de deux de ses anciens amants : Clive Linley, compositeur de grande renommée qui, au cours du roman, tente d'achever La Symphonie du Millénaire, et qui, dédié tout entier à son art, n'hésite pas à se couper du monde pour mieux créer. Le deuxième, Vermont Halliday, est lui prêt à tout pour faire remonter les ventes du quotidien (sur le déclin) dont il est le rédacteur en chef. En dépit de leurs idéaux contradictoires, tous deux sont des amis de longue date, leur "admiration" commune pour Molly les ayant rapprochés. Mais (et ce, malgré d'étranges promesses échangées), de troubles pensées les habitent et leur amitié semble sérieusement malmenée par trois photographies qui, si elles étaient publiées, provoqueraient la chute inéluctable du cynique -et conservateur- ministre des Affaires Etrangères, Julian Garmony (lui aussi ex-amant de Molly...) et l'empêcheraient à jamais de devenir un Premier Ministre rétrograde. Une publication qui arrangerait Vermont mais qui, selon Clive, constituerait une trahison envers la défunte Molly, la photographe ...
L'intrigue emberlificotée révèle la noirceur des âmes, en dépit de l'admiration que l'on peut éprouver pour Clide et la description minutieuse de ses techniques intuitives de travail du compositeur, ou de la sympathie qu'éveille en nous Vermont l'idéaliste de gauche, tout occupé à dénoncer l'hypocrisie et l'opportunisme de certains politiciens et aux prises avec ses supérieurs hiérarchiques. Car Vermont et Clide sont eux aussi rongés par un égoïsme qui leur laisse peu d'espoir de rédemption, et le cynisme des personnages est le trait qui prend le dessus. En décrivant les machinations et les états d'âmes de ces deux hommes, l'auteur met au grand jour les dysfonctionnements d'une démocratie souffrant d'une maladie symboliquement incarnée par Molly (qui meurt d'une dégénérescence mentale) et du pouvoir des media.
Mais Amsterdam ne peut se réduire à une pure satire politico-médiatique et est avant tout l'histoire de la chute dérisoire et par instants prévisible de deux monstres (ou tout simplement de deux êtres humains) qui dissimulent leurs pulsions morbides sous une respectabilité très britannique et sous des succès publiques ; le dénouement ne manquera pas de prendre le lecteur par surprise car Ian McEwan, non content de manipuler ses protagonistes, s'en prend aussi au lecteur, ne serait-ce que par le choix d'un titre assurément presque trompeur et dont la signification n'apparaît que très tardivement dans le récit ... Un roman à découvrir dès parution.

B. Longre



L'auteur
http://www.users.dircon.co.uk/~imcewan/

un extrait du roman
http://www.randomhouse.com/boldtype/1298/mcewan/excerpt.html

le Booker Prize
http://www.salon.com/books/feature/1998/10/29feature.html

autre roman
http://www.liberation.fr/livres/99mars/0325mcewan.html