Un amour d’enfance
collectif, Bayard jeunesse, 2007

 

Relectures d’enfance

82 auteurs et/ou illustrateurs adhérents de la Charte ont participé à l’élaboration de cet ouvrage atypique et réjouissant : chacun est allé chercher le livre qui a marqué son enfance ou ses premiers pas en tant que jeune lecteur, l’a relu, puis a concocté un texte relatant les impressions issues de cette expérience, évaluant l’ouvrage sélectionné à l’aune des années passées… Des retrouvailles tantôt désagréables, d’où sont parfois nées des désillusions (la distance temporelle ayant engendré une inévitable idéalisation de l’objet chéri), tantôt très amusantes, mais toujours teintées de nostalgie, tantôt inattendues (était-ce vraiment cet ouvrage que l’on avait aimé ?). Dans sa préface, Marie-Aude Murail, à l’origine du projet, pose une question intéressante : « Pourquoi celui-là ? » et pas un autre… ? Cependant, certains ont parfois eu du mal à faire un choix ; ainsi, Véronique Massenot, s’y est refusée, en s'en expliquant : « Malgré tous mes efforts, je ne parviens pas à me souvenir d’un livre unique et déterminant dont je puisse aujourd’hui juger que sa rencontre fut pour moi plus importante que toutes les autres », et de conclure : « Mon amour d’enfance n’est pas un livre, c’est la lecture tout entière ! »

Mais d’autres, sans hésiter (ou presque...), ont désigné LE livre, celui qu’ils ont gardé en eux (et/ou sur leurs rayons, dans leur grenier, ou bien retrouvé sur un vide-grenier…) depuis des années. En consultant les choix de chacun, on retrouve plusieurs « classiques » (parfois des adaptations), comme Les quatre filles du docteur March, les Comtesse de Ségur (lire, à ce propos, l’excellent texte de Sophie Dieuaide qui, enfant, se prenait pour Gisèle, terrible petite fille…), Le grand Meaulnes, la série du Club des cinq, Petite Princesse, des contes et des albums dont les illustrations ont elles aussi pu rester indélébiles dans l’esprit des créateurs d’aujourd’hui (voir comment Stéphane Girel s’est amusé à réinterpréter la couverture des Trois Brigands, son livre de chevet…) et des choses très édifiantes, voire si choquantes qu'on n'oserait plus les faire lire à des enfants d'aujourd'hui.

On trouve aussi des livres « adultes » parmi la sélection des auteurs, des romans lus sur le seuil de l’adolescence, comme La maison des autres de Bernard Clavel, le choix de Cathy Ytak (« J’ai dit adieu à l’enfance en compagnie d’un petit apprenti pâtissier de quatorze ans ») ou encore Zone érogène de Djian, que Romuald Giulivo a découvert à 14 ans, alors qu’il ne lisait pas… (« avant ce livre je ne savais pas ce que ça signifiait d’être en vie. »)
Ces parcours si variés se lisent avec un bonheur toujours renouvelé, dévoilent avec parcimonie, et toujours en filigrane, les enfants que furent ces écrivains, et ravivent forcément des souvenirs de lectures personnelles...

B. Longre
(février 2008)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

La Charte des auteurs & illustrateurs jeunesse
http://www.la-charte.fr/