The glass palace
Harper Collins, 2001

Le palais des miroirs

traduit de l'anglais par Christiane Besse
Seuil, 2002

Points Seuil, 2004

 

Les premiers chapitres du dernier roman d'Amitav Ghosh tiennent du conte : nous sommes en Birmanie en 1885, à Mandalay, qui abrite le palais des miroirs ; celui de Thebaw, dernier monarque birman, entourés de la reine Supayalat, des deux princesses et de leurs multiples serviteurs. Aux pieds des murailles, un jeune orphelin, Rajkumar, qui travaille temporairement dans la petite échoppe de la vieille Ma Cho, rêve du palais et se promet d'y pénétrer un jour... L'histoire va l'y aider car les canons anglais ne sont plus très loin et remontent déjà le fleuve Irrawaddy. Le règne des derniers souverains birmans s'achève dans la honte de l'exil : en Inde, d'abord à Madras, puis à Ratnagiri, petite ville de province en bord de mer. Mais avant le départ de la famille royale, Rajkumar est parvenu à découvrir le palais et il emporte avec lui le souvenir d'une jeune suivante, Dolly. Un souvenir qui l'accompagne encore à l'âge adulte, le poussant à rechercher la jeune femme.

De nombreux autres personnages gravitent autour de ces deux figures centrales, Rajkumar et Dolly (la famille royale appartient bien vite à l'Histoire) : le gouverneur de Ratnagiri et sa jeune femme Uma, destinée à devenir une féministe engagée, les enfants de Rajkumar, ceux de Saya John, mentor et père adoptif de Rajkumar, puis leurs petits enfants... On s'aperçoit peu à peu qu'Amitav Ghosh a voulu écrire une épopée familiale, entre l'Inde, la Birmanie et la Malaisie, donnant ainsi à ses personnages une réelle profondeur, tant ils sont ancrés dans l'histoire mouvementée de cette région du monde. Surtout, l'auteur a désiré montrer comment l'histoire (et en particulier les guerres) peut influencer, voire transformer les destinées individuelles, mais aussi comment si Rajkumar n'avait pas un jour rencontré Dolly, de nombreuses vies en auraient été bouleversées.

La fluidité et le classicisme du style ainsi que le déroulement chronologique des événements nous rappelle que Le palais des miroirs a peu à voir avec des ouvrages tels que Le Chromosome de Calcutta (un roman quasi fantastique qui mêlaient les époques et les individus), et quand bien même cela décevrait certains lecteurs, disons tout de même que Le palais des miroirs est un beau roman, une chronique familiale qui retrace, avec érudition et compassion, plusieurs décennies de l'histoire d'une partie de l'Empire britannique : une preuve de plus, s'il en fallait, que la littérature indienne de langue anglaise se porte toujours aussi bien.

Blandine Longre
(septembre 2001)

du même auteur
Le chromosome de Calcutta, Seuil, 1998
Un Infidèle en Egypte, Seuil, 1994
Lignes d'ombre Seuil, 1992
Les Feux du Bengale, Seuil, 1990

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