Amélie-les-crayons
La porte plume

Neômme, 2007


 

Petite musique riante et enivrante jamais soûlante

Amélie-les-crayons... Le nom, comme le titre de l’album d’ailleurs, porte déjà en lui le clin d’œil et l’amour des mots. Un patronyme artistique enfin sympathique et original qui sied comme une chaussette de laine tricotée par grand-maman à cette jeune femme originaire de Vienne : son écriture est frêle et poétique, et sa musique dans les veines presque traditionnelles de la chanson française. Il y a du mmm-pa-pa mmm-pa-pa, du piano-voix et des airs à l’ancienne mais ça ne s’arrête pas là: les arrangements, ouverts sur le monde, viennent colorer les ébats, et les mélanges ne donnent pas le mal de tête malgré leur puissance - mine de rien, Amélie-les-crayons marie le rondeau avec le phrasé du rap ou du slam (!), le futile avec l’essentiel, le rire avec la disparition...


Playlist : La Maigrelette, Le Train Trois, Les Manteaux, La Fève, De Nous Non, Depuis, Marchons.

Ça berce ou ça sautille, ça swingue et ça gambille, ça pitrerie et contrarie : au cœur de l’affaire sont les mots, montés en épingles, en allitérations et en histoires, qui nous tiennent par la barbichette. Des historiettes plutôt, parties d’un quotidien familier (La Maigrelette, Le Linge de Nos Mères, Les Manteaux, La Fève, Les Pissotières) pour prendre formes émouvantes ou cocasses devant nous et se désintégrer doucement comme dans un tour de passe-passe. Amélie nous ménage des fins surprenantes, des chutes d’écrivain rompu, à l’instar de La Joconde vue en homme (La Dernière Fille du Monde) ou du couple qui se construit sur la déconstruction des amitiés (Depuis).

Mais Amélie n’est pas mélo et ses crayons ne nous minent pas, ils nous transfigurent : même quand les sujets sont graves (Le Train Trois, De Nous Non, Marchons), l’imagerie est belle, les clins d’œil sont omniprésents et le rire n’est pas loin. Amélie ne se prend pas au sérieux, ses jeux de mots sont contagieux et sa musique s’écoule en contrepoints acoustiques entre La Maigrelette et Le Gros Costaud qui boucle la boucle. 15 pièces aériennes pour un opus dense et cohérent.
Quelles seraient les références de cette nouvelle venue sur le plateau de la chanson française ? Peut-être Camille, pour le côté texte ludique. Ou Véronique Sanson, pour le côté piano-voix. Mais Amélie dépasse ces possibles stéréotypies grâce à une poétique bien à elle et aux arrangements propres et polychromes qui apportent une touche world bigarrée délicieuse. Elle est joliment entourée, Amélie, de musiciens adroits. Elle a même trouvé un homme-orchestre si j’en crois les crédits : Olivier Longre, qui signe la plupart des arrangements, joue tour à tour sur La Porte Plume de la guitare, mandoline, clarinette, flûte, concertina, guiro, glockenspiel, systre, vibraslap, clavier, quand il ne fait pas les percussions ou les chœurs avec les autres musiciens !
Amélie-les-crayons a un autre atout, de taille, qui la rend encore plus attachante : il n’y a pas l’ombre d’une major dans sa petite musique, 100% indépendante (chez le label neômme). Du travail d’artisan fait par une artiste authentique avec une bande de garçons enthousiastes (comme quoi, avec les moyens du bord, on peut encore voler haut). Une compositrice qui pourrait se voir attribuer au printemps 2008 au Zénith de Paris, une Victoire de la Musique.
La succes story d’Amélie-les-crayons se dessine en figures libres.

Radu Bataturesco
(octobre 2007)

tournée 2007-2008
http://www.amelielescrayons.com/amelie_concerts.htm

http://www.amelielescrayons.com

http://www.neomme.com/