|
Une force
tranquille
L’action
de ce beau roman à la tonalité tendre et parfois mélancolique
se déroule en 1962, dans une petite ville côtière
du nord de l’Angleterre, une ville minière où
l’on ramasse encore le charbon sur le rivage pour gagner à
peine sa vie. Le début des années soixante, c’est
la guerre froide, c’est aussi la crise de Cuba, l’avenir
est plein d’incertitudes et le monde n’est pas facile
à comprendre et à appréhender. Une espèce
de peur larvée étreint les gens, notamment ceux des
milieux modestes. C’est à ce monde-là qu’appartient
le jeune Robert, onze ans, qui mène une vie calme avec des
parents unis qui s’entendent bien.
Au cours d’une sortie à la ville toute proche avec
sa mère, Robert rencontre McNulty, personnage étrange,
homme marginal rendu fou par la guerre qu’il a faite et qui
l’a défait, qui gagne sa vie en crachant le feu et
en faisant le saltimbanque sur les places publiques. Cette rencontre
marque profondément Robert qui essaie par la suite d’aider
et de réconforter cet homme meurtri.
| 
|
Puis
la rentrée des classes arrive et Robert est l’un
des rares élèves de sa classe à intégrer
un collège prestigieux, le Sacré-Cœur,
où l’on pratique encore une discipline de fer
et les châtiments corporels. Certains professeurs sont
d’ailleurs de véritables sadiques. Robert fait
la connaissance de Daniel, qui vit dans une maison proche
de la sienne et qui appartient à un milieu social plus
favorisé, ce qui n’empêche nullement leur
amitié. Avec ce nouvel ami, Robert organise la résistance
au sein du collège tout en sachant qu’il risque
le renvoi. Malgré sa nouvelle vie, il n’oublie
pas cependant de retrouver ses vieux amis, son copain Joseph
plus vieux que lui et puis surtout la belle Ailsa, dont toute
la famille se crève à ramasser le charbon dans
la mer pour vivre, Ailsa, dotée d’une forte personnalité
et d’un charisme extraordinaire. |
Voici un très
beau texte, à l’écriture fluide, tout en petites
touches impressionnistes et en petites tranches de vie. Pas d’événement
spectaculaire ni d’effets spéciaux dans ce roman où
l’auteur nous raconte très simplement la vie quotidienne
d’un jeune garçon à un moment important de son
existence et les sentiments qu’il éprouve, confronté
à toutes sortes d’expériences nouvelles pour
lui : nouvel ami, prise de conscience d’autres classes sociales,
contexte particulièrement difficile au collège, où
règnent la violence des enseignants et la délation,
maladie de son père et incertitude face à l’avenir,
premiers émois amoureux. Tout cela tisse une trame complexe
extrêmement bien composée, qui rend bien compte du
passage de l’enfance à l’adolescence et de la
difficulté à appréhender le monde extérieur.
Robert est un beau personnage, doté d’une force tranquille
qui lui permet de s’affirmer et de rejeter ce qu’il
trouve injuste. Dans ce texte, le personnage de McNulty, qui symbolise
la fêlure et le tragique, permet au jeune garçon de
quitter le cocon familial et d’appréhender le monde.
Catherine
Gentile
(septembre 2006)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.

http://www.gallimard-jeunesse.fr/
Lire
aussi le premier roman de David Almond, Le Jeu de la
mort, paru également chez Gallimard jeunesse.
|