Le cracheur de feu
de David Almond

traduit de l'anglais par Diane Ménard
G
allimard Jeunesse, Scripto, 2006
Dès 13 ans

 

 


Une force tranquille

L’action de ce beau roman à la tonalité tendre et parfois mélancolique se déroule en 1962, dans une petite ville côtière du nord de l’Angleterre, une ville minière où l’on ramasse encore le charbon sur le rivage pour gagner à peine sa vie. Le début des années soixante, c’est la guerre froide, c’est aussi la crise de Cuba, l’avenir est plein d’incertitudes et le monde n’est pas facile à comprendre et à appréhender. Une espèce de peur larvée étreint les gens, notamment ceux des milieux modestes. C’est à ce monde-là qu’appartient le jeune Robert, onze ans, qui mène une vie calme avec des parents unis qui s’entendent bien.
Au cours d’une sortie à la ville toute proche avec sa mère, Robert rencontre McNulty, personnage étrange, homme marginal rendu fou par la guerre qu’il a faite et qui l’a défait, qui gagne sa vie en crachant le feu et en faisant le saltimbanque sur les places publiques. Cette rencontre marque profondément Robert qui essaie par la suite d’aider et de réconforter cet homme meurtri.


Puis la rentrée des classes arrive et Robert est l’un des rares élèves de sa classe à intégrer un collège prestigieux, le Sacré-Cœur, où l’on pratique encore une discipline de fer et les châtiments corporels. Certains professeurs sont d’ailleurs de véritables sadiques. Robert fait la connaissance de Daniel, qui vit dans une maison proche de la sienne et qui appartient à un milieu social plus favorisé, ce qui n’empêche nullement leur amitié. Avec ce nouvel ami, Robert organise la résistance au sein du collège tout en sachant qu’il risque le renvoi. Malgré sa nouvelle vie, il n’oublie pas cependant de retrouver ses vieux amis, son copain Joseph plus vieux que lui et puis surtout la belle Ailsa, dont toute la famille se crève à ramasser le charbon dans la mer pour vivre, Ailsa, dotée d’une forte personnalité et d’un charisme extraordinaire.

Voici un très beau texte, à l’écriture fluide, tout en petites touches impressionnistes et en petites tranches de vie. Pas d’événement spectaculaire ni d’effets spéciaux dans ce roman où l’auteur nous raconte très simplement la vie quotidienne d’un jeune garçon à un moment important de son existence et les sentiments qu’il éprouve, confronté à toutes sortes d’expériences nouvelles pour lui : nouvel ami, prise de conscience d’autres classes sociales, contexte particulièrement difficile au collège, où règnent la violence des enseignants et la délation, maladie de son père et incertitude face à l’avenir, premiers émois amoureux. Tout cela tisse une trame complexe extrêmement bien composée, qui rend bien compte du passage de l’enfance à l’adolescence et de la difficulté à appréhender le monde extérieur. Robert est un beau personnage, doté d’une force tranquille qui lui permet de s’affirmer et de rejeter ce qu’il trouve injuste. Dans ce texte, le personnage de McNulty, qui symbolise la fêlure et le tragique, permet au jeune garçon de quitter le cocon familial et d’appréhender le monde.

Catherine Gentile
(septembre 2006)

Catherine Gentile est documentaliste, formatrice en littérature jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville et auteur de Bulles en stock (Bibliographie sélective et commentée de bandes dessinées, ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant plus de quinze ans.

 

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Lire aussi le premier roman de David Almond, Le Jeu de la mort, paru également chez Gallimard jeunesse.