Autobiographie d’un fantôme et autres fictions
Eva Almassy

Médium de l'Ecole des loisirs, 2007

 

 


L’art de prendre des gants… avec les mots


Madeleine Delande est la seule écrivaine au monde à n’écrire qu’avec des gants. Ses contes, nouvelles, lettres ou récits rivalisent d’inventivité. Les pensées surgissent à vau-l’eau, comme furieusement inspirées par la matière, l’apparence et l’utilisation de l’habit. D’ailleurs qu’il soit de tissu, de laine ou de cuir, l’écrin lui va comme un gant.
Il suffit à Madeleine de glisser ses mains dans des mitaines en cuir pour qu’elle devienne un instant la jeune Emma, éprise d’un bel inconnu à l’odeur sauvage. Parée de gants délicatement œuvrés en dentelle d’Irlande, Annaig, apprentie dentellière sur son île bretonne, est convoquée à la table d’écriture. Affublée de gants rouges très longs, Madeleine imagine la romance cruellement délicieuse de Zita et Antonio. L’insaisissable amoureux disparaît subitement de l’existence de sa belle en lui laissant d’ardents messages de rupture : « Mon amour, mon âme, mon tout. Ma demoiselle, ma Zita, mon orageuse…Si tu me regrettes, tu me reverras. Si tu me revois, tu le regretteras… »

D’autres fois les gants contraignent l’écrivaine à des exercices de style. Ainsi, de jolis gants coton couleur crème, reprisés à l’index de la main droite, attirent irrémédiablement ce doigt vers la gauche du clavier et l’obligent à écrire un texte en camaïeu où ne figure nulle autre voyelle que le « e ». Lorsqu’elle décide de faire une expérience et de dépareiller les paires de gants, pour cesser d’écrire des histoires de couples, le résultat ne se fait pas attendre. Sur le clavier, ses mains poétisent la vie d’Adam et Eve, sans autres voyelles que le « e » et le « a » : Adam et Eve
Adam, ha ! … et Eve, hé !
Adam, natal… et Eve, née…

Ce joli livre nous plonge à la genèse de l’inspiration littéraire… Les mains. Vivre sa vie à mains nues expose particulièrement l’âme de l’artiste. Pour cesser d’invoquer ses propres souvenirs, Madeleine muselle ses mains en les gantant. Ainsi, elle empêche sa vie de sauter directement sur les touches de l’ordinateur. Comme les comédiens changent de personnages et de peau en changeant de costumes, notre héroïne change de gants et expérimente d’audacieux dépareillements.
Autobiographie d’un fantôme décline l’étendue des points de vue narratifs à travers les segments d’existences de personnages savoureux, amoureux, consistants, drôles, mystérieux, fantomatiques. Entre gravité, légèreté et poésie, les mots d’Eva Almassy interrogent, confessent, intriguent, réjouissent, exaltent… l’inspiration des lecteurs.

Caroline Scandale
(janvier 2008)

Caroline Scandale, professeure documentaliste, poursuit en parallèle des recherches en littérature, spécialité Masculin/féminin, en particulier dans le domaine de la littérature jeunesse.
http://sorcieres-jeunesse.hautetfort.com/

http://www.ecoledesloisirs.fr

http://eva.almassy.free.fr/evaalmassy/Page_1x.html

Littérature jeunesse