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Woody
frappe encore !
La vie est
absurde, quoi qu’on en dise ; mais certains en pleurent, et
d’autres en rient. Toute l’œuvre de Woody Allen
se ressent de cette dualité, métaphysicomique, qui
lance la trame de son dernier opus, Melinda et Melinda, nouvelle
réussite brillante du génie new-yorkais.
Woody et le tragi-comique
Trop prolifique,
le petit maigrichon à lunettes ? Un film par an, cela peut
paraître beaucoup. Mais Woody Allen ne s’arrête
pas, bien au contraire : il réalise même avec Melinda
et Melinda deux films en un (comme le titre l’indique),
en entremêlant deux versions d’une même histoire,
racontée tour à tour par un dramaturge tragique et
par un comique. D’un côté, le sérieux,
donc, Strindberg et Bartok, de l’autre, la détente,
le Roi Lear boiteux et du petit jazz… Et un soupçon
de magie pour pimenter le tout. La recette classique !
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N’allons
pas croire qu’il y ait Docteur Woody et Mister Allen :
son film est tout à la fois drôle et déprimant,
comme ses personnages, drôles et déprimés,
mais ce sont comme toujours la passion, l’éclat
de sa caméra impeccable, l’allant des dialogues,
la bonhomie des caractères, qui unifient et emportent
le film loin au-delà de la frigide division en catégories
tragique» et «comique».
Enfin, on peut apprécier qu’après les quelques
bonnes vieilles comédies du Sortilège du scorpion
de Jade, d’Escroc mais pas trop, ou de Hollywood
ending, Woody Allen renoue finement avec une veine un peu
plus sérieuse, qui rappelle notamment September. |
Woody
et les acteurs
Melinda
et Melinda marque aussi le retour au film centré
sur un personnage féminin, Melinda (Radha Mitchell), comme
à la grande époque de Mia Farrow.
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Au centre d’un casting de grande qualité, comprenant
notamment l’excellente actrice underground
Chloë Sevigny, et Will Ferrell, qui relaie Jason Biggs
(Anything else) et réussit mieux que Kenneth
Branagh (Celebrity) dans la difficile tâche
d’avatar de Woody Allen (qui a désormais le
bon goût de céder la place, pour les rôles
de jeune premier), au cœur de ce film parfaitement
joué, c’est Radha Mitchell qui impressionne
le plus, excellente d’un bout à l’autre,
dans tous les registres et dans toutes les situations par
lesquelles le réalisateur lui permet de montrer son
talent.
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Et toujours
Woody
Bourgeoisie
new-yorkaise, french romantisme, histoires de cœur et de tempéraments
passionnés, ratés sympas et winners ridicules,
sexualité et créativité, variations dostoïevskiennes
autour de la mort (suicide, meurtre)… Le rythme rapide à
souhait soutient cette nouvelle parade bien maîtrisée
de thèmes récurrents. Toujours la même chose
? Woody fait du Woody, mais c’est toujours bon : de quoi se
plaint-on vraiment ?
Voici donc « le nouveau Woody Allen », et c’est
encore un bon cru – où d’ailleurs l’humour
juif s’arrose de beaucoup de vin français. Le cadre
des récits, une discussion animée au bistrot, nous
permet au passage de citer Broadway Danny Rose, autre bon
film dans la pléïade des Woody Allen, dans son œuvre
en marche, toujours inégalée, qui d’année
en année regorge toujours plus de pépites à
découvrir ou à redécouvrir.
Nicolas
Cavaillès
(janvier 2005)
Nicolas
Cavaillès, spécialiste de l'œuvre
de Cioran, lié à la Roumanie et à sa littérature,
poursuit, après des études de lettres et de philosophie,
des recherches autour de l'écriture, des manuscrits et de
la création artistique (critique génétique).

http://www.melindaetmelinda-lefilm.com/
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