de Woody Allen

Avec Radha Mitchell, Chloë Sevigny, Will Ferrell...

Etats-Unis, 2004 / Durée : 1h40min

sortie 12 janvier 2005

 

Woody frappe encore !

La vie est absurde, quoi qu’on en dise ; mais certains en pleurent, et d’autres en rient. Toute l’œuvre de Woody Allen se ressent de cette dualité, métaphysicomique, qui lance la trame de son dernier opus, Melinda et Melinda, nouvelle réussite brillante du génie new-yorkais.

Woody et le tragi-comique

Trop prolifique, le petit maigrichon à lunettes ? Un film par an, cela peut paraître beaucoup. Mais Woody Allen ne s’arrête pas, bien au contraire : il réalise même avec Melinda et Melinda deux films en un (comme le titre l’indique), en entremêlant deux versions d’une même histoire, racontée tour à tour par un dramaturge tragique et par un comique. D’un côté, le sérieux, donc, Strindberg et Bartok, de l’autre, la détente, le Roi Lear boiteux et du petit jazz… Et un soupçon de magie pour pimenter le tout. La recette classique !

N’allons pas croire qu’il y ait Docteur Woody et Mister Allen : son film est tout à la fois drôle et déprimant, comme ses personnages, drôles et déprimés, mais ce sont comme toujours la passion, l’éclat de sa caméra impeccable, l’allant des dialogues, la bonhomie des caractères, qui unifient et emportent le film loin au-delà de la frigide division en catégories tragique» et «comique».

Enfin, on peut apprécier qu’après les quelques bonnes vieilles comédies du Sortilège du scorpion de Jade, d’Escroc mais pas trop, ou de Hollywood ending, Woody Allen renoue finement avec une veine un peu plus sérieuse, qui rappelle notamment September.

Woody et les acteurs

Melinda et Melinda marque aussi le retour au film centré sur un personnage féminin, Melinda (Radha Mitchell), comme à la grande époque de Mia Farrow.

Au centre d’un casting de grande qualité, comprenant notamment l’excellente actrice underground Chloë Sevigny, et Will Ferrell, qui relaie Jason Biggs (Anything else) et réussit mieux que Kenneth Branagh (Celebrity) dans la difficile tâche d’avatar de Woody Allen (qui a désormais le bon goût de céder la place, pour les rôles de jeune premier), au cœur de ce film parfaitement joué, c’est Radha Mitchell qui impressionne le plus, excellente d’un bout à l’autre, dans tous les registres et dans toutes les situations par lesquelles le réalisateur lui permet de montrer son talent.

Et toujours Woody

Bourgeoisie new-yorkaise, french romantisme, histoires de cœur et de tempéraments passionnés, ratés sympas et winners ridicules, sexualité et créativité, variations dostoïevskiennes autour de la mort (suicide, meurtre)… Le rythme rapide à souhait soutient cette nouvelle parade bien maîtrisée de thèmes récurrents. Toujours la même chose ? Woody fait du Woody, mais c’est toujours bon : de quoi se plaint-on vraiment ?
Voici donc « le nouveau Woody Allen », et c’est encore un bon cru – où d’ailleurs l’humour juif s’arrose de beaucoup de vin français. Le cadre des récits, une discussion animée au bistrot, nous permet au passage de citer Broadway Danny Rose, autre bon film dans la pléïade des Woody Allen, dans son œuvre en marche, toujours inégalée, qui d’année en année regorge toujours plus de pépites à découvrir ou à redécouvrir.

Nicolas Cavaillès
(janvier 2005)

Nicolas Cavaillès, spécialiste de l'œuvre de Cioran, lié à la Roumanie et à sa littérature, poursuit, après des études de lettres et de philosophie, des recherches autour de l'écriture, des manuscrits et de la création artistique (critique génétique).

http://www.melindaetmelinda-lefilm.com/