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Petites pensées
solitaires
En quelques
lignes, A.L. Kennedy pose chacun de ses personnages avec une minutie
qui sied parfaitement au genre nouvellistique : êtres égarés,
repliés sur eux-mêmes, qui se racontent (ou se laissent
raconter) en amplifiant chaque geste anodin, en analysant la moindre
pensée ; c’est ainsi que se dessine une succession
de révélations intimes (la désormais très
classique "épiphanie" joycienne, chère à
Raymond Carver, autre nouvelliste de talent),
ici microscopiques, par le biais d’une exploration solitaire
et toujours imprégnée de doute : du gardien d’école
qui « joue » son rôle d’époux et
de gardien depuis des années et se remémore un amour
perdu (A little light), à la femme qui a invité
un ancien amant anglais à lui rendre visite dans sa retraite
en Nouvelle-Angleterre, sans vraiment savoir pourquoi (How to
find your way in woods), en passant par l’avocat sur
le point de vivre son homosexualité, aspiré par le
désir qu’il éprouve pour son supérieur
hiérarchique (An immaculate man), par Tom, un pathétique
névrosé, paralysé par l’absurdité
d’une rupture amoureuse qu’il se refuse à admettre
(Touch Positive) ou encore Ronald, un jeune garçon
déterminé à devenir un « mauvais fils
» pour sauver sa mère (A bad son).
A.L. Kennedy décline la solitude et la détresse sous
toutes ses formes, des plus cocasses aux plus douloureuses, et emmène
son lecteur sur les sentiers broussailleux et étouffants
d’âmes qui succombent sous le poids des mots et des
pensées, sous le joug de gestes ou d’actes infiniment
petits et cependant « indélébiles »
; la dérision est parfois au rendez-vous (l'auteure ne manque
certainement pas d'humour et d'impertinence, en témoignent
ses commentaires portant sur la presse et les critiques en général,
consultables sur son site internet) mais c'est davantage l'aspect
tragique des choses qui l'emporte ici.
«
Danny se demandait où il était : où
il était – vraiment –
quel endroit de son corps il avait l’impression d’habiter
" (White house at night) écrit l’auteure,
qui tente de capter quelques parcelles de ces « logeurs
invisibles » (l’esprit, l’âme,
la conscience, appelons-les comme bon nous semble) qui se
trouvent dans « quelque espace indéfinissable,
derrière vos sinus ». Chez A.L. Kennedy,
l’écriture est un processus infiniment patient
de reconstruction de l’intime, une expérience
littéraire fragmentaire qui oppresse tant et si bien
(comme si ces nouvelles avaient le pouvoir de brutalement
nous mettre face à nous-mêmes) que par instants,
à la façon de la narratrice de Not anything
to do with love, on aimerait que « pour une
fois, l’esprit s’arrête de parler ».
B.
Longre
(mai 2003) |
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Romancière et nouvelliste, A(lison) L(ouise)
Kennedy est née en Ecosse, en 1965.
Son dernier roman, Un besoin absolu, est
paru en avril 2003 (L'Olivier)

L'éditeur
http://www.randomhouse.co.uk
http://www.a-l-kennedy.co.uk/
http://www.contemporarywriters.com/authors/?p=auth56&state=index%3Dk
http://www.spikemagazine.com/0397kenn.htm
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