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Reconquérir
le souvenir
Alistair MacLeod
est un auteur patient et persévérant : douze années
lui ont été nécessaires pour écrire
ce roman qui reconstruit les racines d'une famille d'origine écossaise,
les MacDonald (qui se reconnaissent entre eux par leur chevelure
rousse ou brune) venus s'établir au Cap-Breton en 1779. Le
narrateur se prénomme Alexander MacDonald (comme deux de
ses cousins) et au tout début du roman, il rend visite à
son frère aîné, Calum, un vieil homme proche
de l'éthylisme. Cette rencontre est le point de départ
d'une exploration des souvenirs, vécus ou racontés,
transmis de générations en générations.
Alexander se souvient de leur ancêtre à tous, son arrière-arrière-arrière-grand-père,
Calum Ruadh et de ses douze enfants, de ses parents, morts alors
qu'il avait trois ans, de ses grands-parents qui l'ont élevé,
en le berçant des chants ancestraux amenés d'Ecosse,
de ses trois grands frères pêcheurs et de son travail
dans une mine à Sudbury, avec d'autres membres de son clan.
Alistair MacLeod a écrit une touchante chronique familiale,
qui s'inscrit dans la veine romanesque du souvenir reconquis, exploitée
par d'autres écrivains anglophones, entre autres par Kazuo
Ishiguro et Trezza Azzopardi.
Car ce roman est loin d'être une simple succession d'anecdotes
émouvantes : les souvenirs qui refluent s'emboîtent
les uns dans les autres, remplissant les cases blanches d'un passé
qui exige qu'on l'entende. Là réside le paradoxe d'un
passé qui semble vouloir étouffer le présent
et se refuse à disparaître. Mû par un devoir
de mémoire, le narrateur écoute son frère lui
dire : " Le passé est différent pour chacun,
mais il nous rattrape tous" ; ou son grand-père,
persuadé que " les montagnes et les océans
ont beau nous séparer, le sang reste plus fort, et le coeur
est dans les Highlands". La nostalgie de la terre quittée
a survécu aux terreurs et aux épreuves du Nouveau
Monde et Alexander perpétue cette tradition.
Mais il a aussi une pensée pour les Zoulous, qui eux aussi,
aux dires de ses frères, chantent quand ils travaillent dans
les mines, ou encore pour les Masai, un peuple menacé, aperçus
par sa soeur lors d'un safari en Afrique : eux aussi lui ressemblent
et tentent de faire survivre un passé glorieux et des valeurs
éternelles. Cette tendance à l'universalisme explique
sans nul doute le succès remporté par ce beau roman
austère, sévère et rocailleux, à l'image
de l'existence ardue mais aussi généreuse des petites
gens qui peuplent le Cap-Breton de Nouvelle-Ecosse.
B.
Longre
(décembre 2001)

Le
Cap-Breton (Canada)
http://fortress.uccb.ns.ca/parks/cbhist_f.html
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