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Scènes
de la vie conjugale
« Beaucoup
de mes romans ont pour cadre une université parce que j’ai
vécu là une grande partie de ma vie d’adulte,
d’abord en tant que femme d’universitaire et plus tard
en tant que professeur – difficile d’écrire sur
des univers que je ne connais pas. »
Dixième
opus d’Alison Lurie, née en 1926, La vérité
et ses conséquences ne déroge pas à
cette règle et l’on retrouve avec grand plaisir la
plume acérée d’une pétillante vieille
dame, aussi perspicace et malicieuse qu’à ses débuts.
Célèbre pour ses comédies de mœurs caustiques
— dont l’époustouflant Liaisons étrangères
(Foreign Affairs 1984) récompensé par le
prix Pulitzer — la romancière brode à nouveau
sur ses thèmes de prédilection : le microcosme universitaire,
qui tient généralement du panier de crabes, l’art
et le milieu des artistes pas nécessairement plus reluisant,
les relations conjugales en voie de décomposition avancée
et la poursuite mouvementée du bonheur.
La première page du roman donne le ton lorsque Jane Mackenzie
ne reconnaît pas immédiatement son mari qui rentre
à l’improviste. Alan, professeur et historien d’art,
spécialisé dans l’architecture du dix-huitième
siècle, s’est gravement blessé le dos en jouant
au volley-ball avec ses étudiants quinze mois plus tôt.
Depuis, Jane, qui dirige un centre de recherches en sciences humaines
à l’université de Corinth, assiste consternée
à la métamorphose de son brillant et fringant époux
en malade irascible, boulimique et nombriliste. Jane reste fidèle
à ses principes de vertu et de bonté, veillant aux
moindres besoins d’Alan, mais ne peut s’empêcher
de ressentir une frustration et une colère grandissantes
qu’il lui reproche de ne pas exprimer.
Tous deux se fourvoient donc pour des raisons différentes
dans le cercle vicieux de l’exaspération et de l’incompréhension.
Entre alors en scène un second couple. Invitée par
l’université à honorer quelques repas de sa
prestigieuse présence et accessoirement à donner au
compte-gouttes conseils et conférences, la célèbre
Delia Delaney connue pour ses essais, ses poèmes et ses contes
de fées arrive à Corinth. Diaphane, éthérée,
sujette à d’épouvantables migraines, elle exige
de son mari Henry une assistance permanente, lui imposant la gestion
de toutes les affaires matérielles, évidemment indignes
de sa condition d’artiste.
Jane qui doit veiller à l’accueil et au bon déroulement
du séjour de Delia conçoit envers cette dernière
une antipathie instantanée. Henry, par contre, efficace et
pragmatique comme elle, ne la laisse pas indifférente. L’attirance
est réciproque … De son côté, Alan trouve
en Delia une muse improbable et manipulatrice qui lui ouvre cependant
la perspective d’une nouvelle vie, en l’encourageant
à développer sa flamme créatrice.
Il s’agit
donc ici d’un quatuor amoureux, à la différence
des trios adultérins étudiés dans Les
Amours d’Emily Turner (Love and Friendship 1962)
quand Emily, lasse de son mariage avec un terne universitaire tombe
éperdument amoureuse d’un musicien ou Conflits
de famille (The War between the Tates 1974) dont l’action
se déroule d’ailleurs également à Corinth
et qui met en scène un professeur, sa jeune maîtresse
et son épouse bafouée.

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Autre
nouveauté, si à l’instar de Jenny Walker
d’Un été à Key West (The
Last Resort 1998) Jane est au départ une femme
en retrait au service d’un conjoint misanthrope et objectivement
odieux, Alison Lurie lui offre un alter ego masculin, dominé
par une infernale castratrice.
Et puis, l’air de rien, la coquine octogénaire
parsème son roman de piques irrévérencieuses
mais particulièrement drôles à l’égard
d’une Amérique post 11 septembre, maladivement
susceptible et engagée dans un délire sécuritaire
totalement ridicule.
Un peu shocking sans doute pour les lecteurs d’outre-Atlantique
mais Alison Lurie a prouvé depuis longtemps qu’elle
préférait l’arsenic aux vieilles dentelles
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Florence
Cottin
(juillet 2006)
Florence
Cottin,
titulaire d'une maîtrise de littérature américaine
à Paris III, professeur certifié, enseigne l'anglais
depuis 15 ans. Elle collabore également à parutions.com,
toujours dans son domaine de prédilection - les auteurs anglophones.

lire
aussi
Les
Amours d’Emily Turner - Editions Rivages 1989
http://people.cornell.edu/pages/al28/
http://www.randomhouse.co.uk/
http://www.payot-rivages.fr/
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