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La reine
et le peintre
La reine de
Saba et sa rencontre avec le roi Salomon n'ont eu de cesse, au fil
des âges, que d'inspirer nombre d'écrivains et poètes
(Nerval, Flaubert...) et, dans le même temps, cette histoire
mythique (dont les sources historiques demeurent plutôt vagues),
n'a cessé d'être récupérée et
remaniée par les juifs, les chrétiens, les musulmans,
ou encore les Ethiopiens, quand elle servait leurs intérêts
spirituels ou politiques... Dès lors, quoi d'étonnant
qu'une auteure française se l'approprie et la réinvente,
tout en l'incrustant délicatement dans un autre récit,
celui d'une lutte entre le peintre de la Renaissance italienne Piero
Della Francesca (1415?-1478) et sa passion dévorante pour
son art ? Ainsi, tout au long du récit, l'histoire de Bilqîs,
reine de Saba, fonctionne à la fois comme le ressort narratif
du roman, et comme le déclencheur de l'inspiration du peintre.
Car ce dernier a une muse, sa femme Silvia, qui veut à tout
prix retenir chez lui cet homme dont l'esprit est comme écartelé
entre des désirs ambivalents : peindre en obéissant
à son seul élan et à ses propres règles,
ou se plier aux étiquettes princières et aux mécènes
qui, s'il veut se faire une place dans le monde clos des arts et
des cours, sont indispensables. Silvia, désireuse de le garder
près d'elle, loin des intrigues de la cour papale, reconstruit
habilement pour lui la légende de Bilqîs, une façon
de l'intéresser de nouveau à une commande locale :
les fresques de la Légende de la Croix, dans l'église
de San Francesco d'Arezzo. En Shéhérazade, Silvia
parvient à créer une évocation d'un attrait
poétique tel, la parant de multiples détails descriptifs,
que Piero della Francesca ne peut que rester à Borgo San
Sepolcro, la ville familiale.
Ainsi,
sont évoqués la solitude et les doutes de la jeune
reine, son enfance passée à recevoir les enseignements
politiques de son père, sa montée en puissance, et
la naissance d'une curiosité spirituelle et intellectuelle
qui la pousse à traverser le désert afin de rencontrer
cet homme dont on vante tant la sagesse (et les richesses) : Salomon,
dont le dieu, paraît-il, "a fait découvrir à
tout un peuple le sens du mot miséricorde ",
alors qu'il épargnait la vie d'Isaac, que son père
Abraham était sur le point de sacrifier sur son ordre.
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tandis que Silvia brode et embellit ce récit mythique,
les couleurs des costumes, le tombé d'un drapé,
la courbe d'un buste, les teintes du désert, tels qu'il
les perçoit, défilent sous les yeux de Piero Della
Francesca, éprouvent son fusain, son imagination et son
esprit résolument géométrique. Au-delà
du récit poétisé, Aliette Armel se plaît
à décrire, dans un style limpide et précis,
les mises en peinture de l'artiste mais plus particulièrement
à révéler son travail intérieur,
l'élan de ses pensées et le cours de ses raisonnements,
qui tendent tous à l'accomplissement pictural : trouver
le meilleur angle de vision et le cadre parfait, capter l'ombre
et la lumière, rendre sur la toile la profondeur d'une
scène... Lorsque la réalité reprend brutalement
le dessus, l'artiste se retrouve désemparé, lui
qui tente de transformer le réel et de créer l'harmonie
pure et la beauté à la gloire de Dieu. En parallèle,
Bilqîs semble éprouver une prise de conscience
similaire, un retour au monde réel, après que
le roi Salomon s'est lassé de ses attraits physiques
et intellectuels... |
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Ces récits
entrecroisés et complémentaires se rejoignent enfin
pour former l'histoire d'une rencontre qui transcende temporalité
et espace, une rencontre suspendue dans le temps qui ne peut la
détruire, puisque tous deux, la reine et le peintre, demeurent
gravés dans l'histoire des hommes par le biais des oeuvres
de Piero Della Francesca, dont "la douceur qui [en]
émane (...) outrepasse et la terre et le temps,
et le jour et la nuit " selon Sylvie Germain, citée
en prologue.
La mise en abîme narrative (une femme raconte une femme qui
raconte une femme...) ne fait qu'ajouter à l'excellence de
ce premier roman, merveilleuse et émouvante invitation vers
des territoires imaginaires et atemporels, à l'image du désert
où, lors de son périple, la jeune reine de Saba effectue
un pèlerinage imprévu mais salvateur.
B.
Longre
(janvier 2002)

L'auteure
et le roman
http://www.aliettearmel.com
Autrement
http://www.autrement.com
Piero
Della Francesca
http://www.pierodellafrancesca.it/
http://franceweb.fr/zumba/Piero/
http://www.ac-poitiers.fr/arts_p/b@lise14/pageshtm/page_6.htm
http://www.bergerfoundation.ch/wat4/museum
La reine de Saba
http://www.historel.net/biblecor/13salomo.htm
http://myweb.worldnet.net/~rcougnau/Reine_de_Saba.html
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