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Un
poème urbain sur fond d’émeutes raciales
L’action
se situe en 1981, Lincoln Higgins a 18 ans et vit à Brixton,
cette banlieue du sud de Londres majoritairement habitée
par une population noire d’origine jamaïquaine. Dans
son quartier il est plus connu sous le nom de Biscuit, en particulier
pour ceux qui viennent lui acheter de la drogue. Comme la plupart
de ses copains de couleur, Biscuit n’a ni formation ni travail
et refuse de s’inscrire dans un programme d’insertion
professionnelle pour les jeunes mis en place par le gouvernement
car il pense se faire exploiter par un employeur sans pourtant obtenir
d’emploi stable. Son seul moyen pour gagner de l’argent
est donc de dealer ou de participer à de menus cambriolages
en compagnie de ses compères Bouille-de-Cercueil et Floyd.
Sa vie s’articule autour de ce petit trafic et de ce qui l’accompagne
: éviter les contrôles d’une police qui semble
avoir des méthodes plutôt musclées ou rencontrer
le caïd Nunchaks pour se réapprovisionner.
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Tous
ces jeunes vivent en permanence sur fond de musique reggae et
vont se défouler dans des « bamboches et des
bringues » où ils emmènent leurs «
zoguettes » écouter les sound-systems
et les DJs qui leur tiennent des discours aux paroles révolutionnaires.
Pour dialoguer, ils ne connaissent que la langue de la rue teintée
de l’accent rapporté de leur île lointaine
:
« Je suis pas mécontent que vous soyé
là tous lé deux, annonça Floyd.
- Pourquoi ? T’es en panne d’herbe ? demanda Biscuit.
- Ma foi, oui, y a ça. Mé il y a aussi une autre
raison.
- Je te préviens, j’é pas un rond à
te prêté.
- Nan, nan. Justement, j’é un plan thune.
- Laisse tombé, man, intervint Bouille-de-Cercueil. Té
plans thunes sont trop craignos, man. Moi j’é un
plan évite-la-taule. » |
Un jour, Biscuit
rencontre Jah Nelson, un vieux sage qui lui enseigne les préceptes
de la secte rastafari (exaltation des racines africaines de la civilisation
chrétienne et de l’humanité toute entière)
ce qui redonne fierté et confiance au jeune homme, souvent
désemparé devant l’avenir auquel il semble destiné.
Mais sous des airs d’apparente bonhomie, l’atmosphère
de Brixton se tend peu à peu après l’arrestation
musclée d’un des compères de Biscuit pour finalement
se terminer dans des émeutes sanglantes qui opposent les
jeunes et cette police omniprésente dans leur « ghetto
».
Pour Biscuit, une deuxième révolution est en marche,
celle qui a lieu dans sa propre famille où la mère
élève seule ses trois enfants (issus de trois pères
différents) et ne se rend pas compte qu’elle est souvent
injuste avec la cadette, qu’elle finira par pousser hors du
foyer. C’est alors lui, le fils aîné, qui se
sacrifiera pour sortir sa sœur du guêpier où elle
s’est involontairement fourrée.
Ce troisième roman d’Alex Wheatle – le premier
à être traduit en français – se reçoit
comme un coup de poing dans le ventre ; c’est d’abord
l’écriture qui frappe avec l’alternance de dialogues
rythmés et de passages descriptifs plus posés où
l’auteur sait à merveille peindre la désolation
de Brixton. Ensuite, il y a la densité du sujet, sa dimension
sociale et les nombreux personnages secondaires dont l’élaboration
ne laisse rien au hasard. On retiendra en particulier les femmes,
dont les différents rôles sont parfaitement évoqués
: la mère qui a bien du mal à joindre les deux bouts
en faisant quelques heures de ménage et qui ferme les yeux
sur les trafics de son fils, la fille, adolescente rebelle qui ne
pense qu’à son apparence physique, la tante qui résout
tout grâce à l’Eglise ou la petite amie qui n’épousera
Biscuit que s’il trouve un travail honnête. Alex Wheatle
a décidément bien du talent, lui qui n’a pas
fait d’études et a pris goût à l’écriture
alors qu’il était DJ au sein d’un sound-system
; un auteur dont on reparlera sans aucun doute.
Pour les
non-initiés, il pourra être utile de savoir que «
le Gong » est le surnom de Bob Marley et que Redemption
Song est considérée comme la chanson
testament du roi du reggae, décédé en 1981.
A.
Weber
(mars 2003)

http://www.audiable.com/
http://www.reggaezine.co.uk/alexwheatle.html
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