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Le
monde sauvage de la publicité
Alex Shakar,
considéré aux Etats-Unis comme un jeune écrivain
au fort potentiel, a puisé l’idée de son
premier roman dans un article de journal qui parlait des «
tendanceurs », ces personnes chargées
d’observer les habitudes des consommateurs pour essayer
d’y découvrir les futures tendances de la mode.
Avant de pouvoir maîtriser le langage du marketing et
d'avoir assez de matière pour l’écriture
d’un livre, Shakar a fait de nombreuses recherches et
on sent dès les premières pages de Look
sauvage que l’écrivain domine totalement
son sujet.
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Au centre du
roman, on trouve deux sœurs, Ivy et Ursula Van Unden. Ivy,
la plus jeune et la plus belle, est un top model ayant connu un
certain succès mais qui est actuellement internée
pour cause de schizophrénie : elle est intimement persuadée
de venir de l’âge des cavernes et d’avoir été
kidnappée par des « Imagineurs » pour
faire la publicité de leurs produits. Ursula, peintre sans
succès, est alors venue à Midcity (ville fictive)
pour s’occuper de sa cadette ; auprès de Chas, petit
ami d’Ivy et patron de la société Tomorrow,
elle a trouvé un travail que celui-ci lui a ainsi défini
: « Sors, a-t-il dit. Trouve l’avenir. Rapporte-le-moi.
». Ursula est entrée dans le monde des tendanceurs,
et c’est rollers aux pieds qu’elle parcourt la ville
pour décrypter les vêtements ou les coutumes des gens.
Elle découvre dans un parc une « sauvage urbaine »
qui semble avoir perdu l’usage de la parole, chasse les pigeons
pour se nourrir et coud ses propres vêtements en fourrure.
Cette sauvage – sous les traits d’Ivy qui semble aller
mieux et veut désormais s’enrichir et devenir célèbre
– va devenir l’emblème d’une campagne de
publicité pour une eau de régime…
Look
sauvage est un livre très original –
tendance loufoque – qui se veut avant tout une critique féroce
de notre monde où la consommation est reine. Alex Shakar
développe plusieurs idées intéressantes notamment
celle de la « paradessence » (essence paradoxale)
et il explique que chaque produit éveille chez l’acheteur
potentiel « deux désirs opposés qu’il
promet de satisfaire simultanément », ainsi «la
paradessence du café est la stimulation et la détente».
Cependant, à force de trop vouloir critiquer notre société,
l’auteur n’évite pas les écueils de la
caricature, particulièrement lorsque Chas explique, lors
de son discours annuel sur les futures tendances, ce qu’est
la post-ironie : « La postironie est le sérieux
ironique. La postironie est l’esclavage omnipotent. La postironie
est la terreur rieuse. Mesdames et messieurs, la postironie, dans
sa paradessence la plus pure…est la schizophrénie.
». A partir de ce moment, Chas et ses collaborateurs
s’enfoncent lentement dans leur folie publicitaire pendant
que le roman lui-même oublie toute mesure et tombe dans une
lourdeur fatigante. Il reste à espérer qu’Alex
Shakar saura mieux maîtriser son trop-plein d’idées
dans son prochain livre.
Anne
Weber
(mars 2003)

http://www.audiable.com/
http://www.thesavagegirl.com/savage_girl.asp
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