|
Une terre
en noir et blanc
Alex Miller
est né britannique en 1936, mais à l'âge de
dix-sept ans, il s'établit en Australie, où il se
consacre désormais à l'écriture. Journey
to the stone country est un pur roman australien, qui témoigne
de sa passion pour ce pays d'adoption, un attachement ici incarné
par deux personnages que tout pourrait séparer, Annabelle
Beck la blanche et Bo Rennie l'aborigène de la tribu Jangga,
qui se retrouvent un peu par hasard et qui découvrent ensemble
leurs racines communes.
Annabelle, universitaire, historienne, issue d'une famille de petits
propriétaires blancs, a quarante-deux ans lorsqu'elle apprend
la trahison de son mari avec une étudiante ; sur un coup
de tête, elle préfère fuir cet homme qui est
devenu un étranger pour elle et quitter Melbourne pour trouver
refuge dans le Queensland, auprès d'une ancienne amie, Susan.
Cette dernière, archéologue, parcourt les anciens
territoires maoris à la recherche d'indices, de traces de
la culture aborigène, afin d'éventuellement empêcher
les sociétés minières ou autres entrepreneurs
de détériorer l'héritage des premiers habitants.
Elle embarque Annabelle, qui a besoin de changement, dans une de
ses expéditions, au coeur des terres des anciens et c'est
là qu'Annabelle fait véritablement la connaissance
de Bo Rennie, un garçon croisé dans l'enfance, mais
qu'elle avait gommé de son esprit. Bo est un ancien "ringer",
l'équivalent australien du cow-boy, un gardien de bestiaux
qui connaît chaque recoin de ces territoires arides. Annabelle,
peu à peu, parvient à reconstruire certains souvenirs
mais elle ne se souvient pas avoir jamais rencontré la mythique
"grandma Rennie", la grand-mère de Bo, une femme
de tête respectée de tous dans la région, la
seule à être capable de posséder des terres
et un troupeau, jusque dans les années soixante-dix.
Pour Annabelle, cette aventure au "pays des pierres" est
un retour aux source inimaginable, un retour aux terres réelles
et imaginaires de l'enfance et pour Bo, l'occasion d'enfin revenir
sur les terres de sa famille, un pays hostile, rocailleux, en surface
sec et aride et pourtant porteur de vie. La re-naissance d'Annabelle
ne se fait pas sans douleur, mais Bo semble être le passeur
idéal, un guide patient et attentif, tourné à
la fois vers le passé et l'avenir et secrètement heureux
d'avoir retrouvé "Annabellebeck".
| Journey
to the stone country est certainement émouvant
et possède une lenteur parfois irritante, mais en total
accord avec le pèlerinage entrepris. L'on pénètre,
loin des villes, au coeur de l'Australie, de son histoire mouvementée
et souvent sanglante, avec, au centre, les terribles conflits
qui opposèrent pionniers européens et tribus aborigènes,
ces dernières privées de leurs territoires, massacrées
et déportées, la lutte coloniale universelle entre
petits blancs sûrs de leurs droits et les hommes noirs
accrochés à leur terres sacrées et au souvenir
de leurs ancêtres (les "old people" dont il
est souvent question ici). Bo et Annabelle représentent
un peu tout cela, mais appartiennent aussi à une nouvelle
génération d'Australiens prêts à
vivre en paix, sans rancoeur, puisqu'ils portent tous deux ce
pays dans leur coeur. |
|
Un message de
tolérance et de persévérance traverse ce roman
de bout en bout, une tentative heureuse d'unir deux mondes et deux
visions antagonistes de la nature et de l'être humain, l'une
rêveuse et nimbée de mystère, l'autre pragmatique
et parfois destructrice. En témoignent les mots d'Alex Miller
(lui-même "ringer" dans sa jeunesse), qui dit avoir
été inspiré par l'histoire de deux de ses amis,
une archéologue et un ancien gardien de bestiaux, à
qui il doit ce roman, un véritable "don" : Cette
histoire "est en partie la mienne et celle de Bo et d'Annabelle.
Notre histoire, pour ainsi dire. Ni noire, ni blanche. Ni indigène,
ni européenne, mais un mélange. Ainsi qu'est toujours
la vérité. Pas quelque chose que l'on pourrait inventer.
Bo, Arner, Annabelle, Zigzag et Ranna Station ont tous leurs équivalents
dans la réalité. Ils sont mes amis et mes proches.
Les pensionnaires de mes rêves."
B.Longre
(septembre 2002)
Alex
Miller, couronné de succès en Australie, a remporté
le Miles Franklin Award, le Commonwealth Writers Prize et le Barbara
Ramsden Award en 1993 avec son troisième roman, The Ancestor
Game. Son cinquième roman, Conditions of Faith,
a remporté le Fiction Prize en 2001.

L'éditeur
http://www.madaboutbooks.com
L'auteur
http://www.middlemiss.org/lit/authors/millera/millera.html
http://www.statelibrary.vic.gov.au/writersontheroad/miller.html
Australie
http://www.austgov.fr/liens.html
http://www.aboriginalaustralia.com/
http://www.ausanthrop.net/
|