Journey to the stone country
(Sceptre / Hodder & Stoughton, sept. 2002)

 

Une terre en noir et blanc

Alex Miller est né britannique en 1936, mais à l'âge de dix-sept ans, il s'établit en Australie, où il se consacre désormais à l'écriture. Journey to the stone country est un pur roman australien, qui témoigne de sa passion pour ce pays d'adoption, un attachement ici incarné par deux personnages que tout pourrait séparer, Annabelle Beck la blanche et Bo Rennie l'aborigène de la tribu Jangga, qui se retrouvent un peu par hasard et qui découvrent ensemble leurs racines communes.
Annabelle, universitaire, historienne, issue d'une famille de petits propriétaires blancs, a quarante-deux ans lorsqu'elle apprend la trahison de son mari avec une étudiante ; sur un coup de tête, elle préfère fuir cet homme qui est devenu un étranger pour elle et quitter Melbourne pour trouver refuge dans le Queensland, auprès d'une ancienne amie, Susan. Cette dernière, archéologue, parcourt les anciens territoires maoris à la recherche d'indices, de traces de la culture aborigène, afin d'éventuellement empêcher les sociétés minières ou autres entrepreneurs de détériorer l'héritage des premiers habitants. Elle embarque Annabelle, qui a besoin de changement, dans une de ses expéditions, au coeur des terres des anciens et c'est là qu'Annabelle fait véritablement la connaissance de Bo Rennie, un garçon croisé dans l'enfance, mais qu'elle avait gommé de son esprit. Bo est un ancien "ringer", l'équivalent australien du cow-boy, un gardien de bestiaux qui connaît chaque recoin de ces territoires arides. Annabelle, peu à peu, parvient à reconstruire certains souvenirs mais elle ne se souvient pas avoir jamais rencontré la mythique "grandma Rennie", la grand-mère de Bo, une femme de tête respectée de tous dans la région, la seule à être capable de posséder des terres et un troupeau, jusque dans les années soixante-dix.
Pour Annabelle, cette aventure au "pays des pierres" est un retour aux source inimaginable, un retour aux terres réelles et imaginaires de l'enfance et pour Bo, l'occasion d'enfin revenir sur les terres de sa famille, un pays hostile, rocailleux, en surface sec et aride et pourtant porteur de vie. La re-naissance d'Annabelle ne se fait pas sans douleur, mais Bo semble être le passeur idéal, un guide patient et attentif, tourné à la fois vers le passé et l'avenir et secrètement heureux d'avoir retrouvé "Annabellebeck".

Journey to the stone country est certainement émouvant et possède une lenteur parfois irritante, mais en total accord avec le pèlerinage entrepris. L'on pénètre, loin des villes, au coeur de l'Australie, de son histoire mouvementée et souvent sanglante, avec, au centre, les terribles conflits qui opposèrent pionniers européens et tribus aborigènes, ces dernières privées de leurs territoires, massacrées et déportées, la lutte coloniale universelle entre petits blancs sûrs de leurs droits et les hommes noirs accrochés à leur terres sacrées et au souvenir de leurs ancêtres (les "old people" dont il est souvent question ici). Bo et Annabelle représentent un peu tout cela, mais appartiennent aussi à une nouvelle génération d'Australiens prêts à vivre en paix, sans rancoeur, puisqu'ils portent tous deux ce pays dans leur coeur.

Un message de tolérance et de persévérance traverse ce roman de bout en bout, une tentative heureuse d'unir deux mondes et deux visions antagonistes de la nature et de l'être humain, l'une rêveuse et nimbée de mystère, l'autre pragmatique et parfois destructrice. En témoignent les mots d'Alex Miller (lui-même "ringer" dans sa jeunesse), qui dit avoir été inspiré par l'histoire de deux de ses amis, une archéologue et un ancien gardien de bestiaux, à qui il doit ce roman, un véritable "don" : Cette histoire "est en partie la mienne et celle de Bo et d'Annabelle. Notre histoire, pour ainsi dire. Ni noire, ni blanche. Ni indigène, ni européenne, mais un mélange. Ainsi qu'est toujours la vérité. Pas quelque chose que l'on pourrait inventer. Bo, Arner, Annabelle, Zigzag et Ranna Station ont tous leurs équivalents dans la réalité. Ils sont mes amis et mes proches. Les pensionnaires de mes rêves."

B.Longre
(septembre 2002)



Alex Miller, couronné de succès en Australie, a remporté le Miles Franklin Award, le Commonwealth Writers Prize et le Barbara Ramsden Award en 1993 avec son troisième roman, The Ancestor Game. Son cinquième roman, Conditions of Faith, a remporté le Fiction Prize en 2001.


L'éditeur
http://www.madaboutbooks.com

L'auteur
http://www.middlemiss.org/lit/authors/millera/millera.html

http://www.statelibrary.vic.gov.au/writersontheroad/miller.html

Australie
http://www.austgov.fr/liens.html

http://www.aboriginalaustralia.com/

http://www.ausanthrop.net/