|
Côme
au pays des rêves
« L'infirmière
était à l'envers. Son air renfrogné ne pouvait
être qu'un large sourire à l'endroit. Allongé
sur son lit, la tête en arrière, Côme scrutait
le haut des murs en faisant gargouiller un peu de salive au fond
de sa gorge. » Ainsi débute ce drôle de
roman, l'aventure d'un petit garçon de 12 ans, hospitalisé
depuis bien longtemps, qui a du mal à tromper son ennui entre
les quatre murs de sa chambre immaculée. D'emblée,
l'auteur familiarise son lecteur aux renversements qui vont suivre,
durant le long périple de Côme, l'histoire se déroulant
sous le signe de l'inversion, une manière intelligente d'explorer
l'envers de la vie et de la mort.
| Côme
a effectivement peur de mourir et, comble de malchance, le
professeur Bec, le chirurgien qui doit l'opérer le
lendemain, est l'arrogance incarnée. La seule infirmière
capable d'apaiser les craintes du petit garçon, Mademoiselle
Alice (l'auteur est un fervent admirateur de Lewis Carroll...)
vient heureusement lui donner quelques conseils énigmatiques
à la veille du « grand jour ».
Car Côme a découvert un passage secret au fond
de son lit et la peur de l'opération à venir
lui donne le courage d'aller plus en avant dans l'exploration
de ce monde inconnu : le Pays du Bout du Lit, «là
où tout commence et tout finit» lui explique
la première créature qu'il y croise, Marcus,
mort à Pompéi plusieurs siècles auparavant...
Cet étrange univers, que les vivants ont rarement l'occasion
de visiter, est peuplé d'ombres de toutes sortes :
les rêveurs, les morts, les « prévivants
» et les fantômes... Côme y rencontre une
petite morte espiègle, une vieille ombre noire, quelques
rêves, un doudou peu aimable et un condamné à
mort, bien vivant, celui-là, qui lui jouera un sacré
tour. |

|
Dans
cette petite fable philosophique, l'auteur propose un merveilleux
système, très cohérent, qui expliquerait enfin
tous les mystères de l'existence, la naissance et la mort,
le fonctionnement des songes (une irrésistible réinterprétation
de l'inconscient freudien), les sources de l'inspiration artistique
mais aussi d'autres croyances moins sérieuses, comme celle
de la petite souris venant récompenser les enfants qui perdent
une dent ! Même si le lecteur est conscient de la loufoquerie
de ces révélations, il se prend au jeu : l'aventure
de Côme est curieuse, drôle et palpitante et comme lui,
on ne cesse d'espérer qu'il trouvera enfin le chemin de la
sortie, même sans nombril ! Derrière la fantaisie du
récit, on sera surpris par le bon sens de la plupart des
personnages, et donc de l'auteur, qui nous dit, par le biais d'une
ombre que Côme a jusque-là prise pour Dieu : «Pourquoi
veux-tu absolument que le monde soit l'oeuvre de quelqu'un ? S'étonna
la vieille ombre. Cette personne serait elle-même la création
de quelqu'un d'autre. C'est une histoire sans fin, ou plutôt...
Sans début ! ».
B.
Longre
(février 2004)

http://perso.club-internet.fr/reverend/index.html
http://www.foiredulivre.net/2004/
http://www.gallimard-jeunesse.fr/
|