Ce roman a reçu le Prix 12/14 de la Foire du Livre de Brive, année 2004

 

Le pays du bout du lit
Gallimard Jeunesse, Giboulées, 2003
illustrations Georges Lemoine
A partir de 11 ans

 

Côme au pays des rêves

« L'infirmière était à l'envers. Son air renfrogné ne pouvait être qu'un large sourire à l'endroit. Allongé sur son lit, la tête en arrière, Côme scrutait le haut des murs en faisant gargouiller un peu de salive au fond de sa gorge. » Ainsi débute ce drôle de roman, l'aventure d'un petit garçon de 12 ans, hospitalisé depuis bien longtemps, qui a du mal à tromper son ennui entre les quatre murs de sa chambre immaculée. D'emblée, l'auteur familiarise son lecteur aux renversements qui vont suivre, durant le long périple de Côme, l'histoire se déroulant sous le signe de l'inversion, une manière intelligente d'explorer l'envers de la vie et de la mort.

Côme a effectivement peur de mourir et, comble de malchance, le professeur Bec, le chirurgien qui doit l'opérer le lendemain, est l'arrogance incarnée. La seule infirmière capable d'apaiser les craintes du petit garçon, Mademoiselle Alice (l'auteur est un fervent admirateur de Lewis Carroll...) vient heureusement lui donner quelques conseils énigmatiques à la veille du « grand jour ». Car Côme a découvert un passage secret au fond de son lit et la peur de l'opération à venir lui donne le courage d'aller plus en avant dans l'exploration de ce monde inconnu : le Pays du Bout du Lit, «là où tout commence et tout finit» lui explique la première créature qu'il y croise, Marcus, mort à Pompéi plusieurs siècles auparavant... Cet étrange univers, que les vivants ont rarement l'occasion de visiter, est peuplé d'ombres de toutes sortes : les rêveurs, les morts, les « prévivants » et les fantômes... Côme y rencontre une petite morte espiègle, une vieille ombre noire, quelques rêves, un doudou peu aimable et un condamné à mort, bien vivant, celui-là, qui lui jouera un sacré tour.

Dans cette petite fable philosophique, l'auteur propose un merveilleux système, très cohérent, qui expliquerait enfin tous les mystères de l'existence, la naissance et la mort, le fonctionnement des songes (une irrésistible réinterprétation de l'inconscient freudien), les sources de l'inspiration artistique mais aussi d'autres croyances moins sérieuses, comme celle de la petite souris venant récompenser les enfants qui perdent une dent ! Même si le lecteur est conscient de la loufoquerie de ces révélations, il se prend au jeu : l'aventure de Côme est curieuse, drôle et palpitante et comme lui, on ne cesse d'espérer qu'il trouvera enfin le chemin de la sortie, même sans nombril ! Derrière la fantaisie du récit, on sera surpris par le bon sens de la plupart des personnages, et donc de l'auteur, qui nous dit, par le biais d'une ombre que Côme a jusque-là prise pour Dieu : «Pourquoi veux-tu absolument que le monde soit l'oeuvre de quelqu'un ? S'étonna la vieille ombre. Cette personne serait elle-même la création de quelqu'un d'autre. C'est une histoire sans fin, ou plutôt... Sans début ! ».

B. Longre
(février 2004)

http://perso.club-internet.fr/reverend/index.html

http://www.foiredulivre.net/2004/

http://www.gallimard-jeunesse.fr/