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« Provoquer
son envol », slogan de la publicité pour lingerie
féminine Aubade (leçon n° 33), ouvre et ferme
le roman d’Alexandre Millon. Entre les deux, un peu de calme,
un peu d’agitation, un personnage dont le vol est essentiellement
intérieur, et qui prend le lecteur au piège de son
imagination.
Monsieur Sarandon
(un « Monsieur » qui nous tient en respect, qui nous
laisse à une certaine distance affective), célibataire,
bruxellois, cadre à la «belle carrière »,
«solitaire mais sociable», existe peu, s’appesantit
dans quelques souvenirs, vit sans entrain, sans tempêtes et
sans véritables perspectives, « à coup de flash-back
». Cela jusqu’à sa rencontre avec Camille Roose,
dont l’image se met à le hanter, dont les apparitions
réelles en pointillés sont complétées
par le souvenir obsessionnel et lancinant. Et voilà que Monsieur
Sarandon se met à exister, vivant des péripéties
à n’en plus dormir : kidnapping, folie meurtrière,
entrevues étonnantes...
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Pessimiste,
tout cela ? Sans doute, mais alerte aussi. La plume d’Alexandre
Millon n’hésite pas à se risquer sur le
terrain de l’ironie et du jeu verbal, aux confins de
l’observation sociologique et de la jubilation satirique,
comme dans l’évocation de fêtes citadines
: «Ça tralalalait en cravate et robe du soir
un peu partout. Ça sentait le mousseux. Ça suait
sous les bras et dans les bars, les restaurants et les boîtes
à gigoter. Ça fumait à mort. Ça
roulait des pupilles et ça clignotait des croissants
de fesses. Ça aguichait, ça guettait, ça
repérait à tout va vite. Les risettes se muaient
vite en gymnastique rythmique sur une banquette, n’importe
où». De l’humour donc, et de la gravité
aussi ; il y a les hommes en société, et il
y a l’homme dans son individualité, ici Monsieur
Sarandon qui se débat entre son passé et son
présent (ne parlons pas de l’avenir), entre sa
douleur et ses désirs, entre l’image d’une
petite princesse de dix ans et celle d’une adulte séduisante,
altière et fuyante.
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Mer
calme à peu agitée est le beau roman
d’une vie qui se joue surtout par procuration. Envol ou plongeon
(la couverture du livre suggère la question) ? Vol plané
avant la chute ? L’avenir, si avenir il y avait, nous le dirait.
Jean-Pierre
Longre
(janvier 2003)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

http://alexandremillon.site.voila.fr/
http://www.ledilettante.com/
http://www.servicedulivre.be/fiches/m/millon.htm
http://www.1000nouvelles.com/Alexandre/laura.html
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