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Bildungsroman féminin, à l'anglo-saxonne.
Première
moitié du XVIIIe siècle. La recherche scientifique
et les progrès techniques vont bon train, même s’ils
restent teintés de nombreuses réticences obscurantistes
propagées par l’omniprésence du religieux ;
mais John Selden, éminent physicien (« natural philosopher
») refuse de voir là un obstacle et n’hésite
pas à enseigner son savoir et transmettre ses démarches
empiriques à sa fille Emilie, en particulier dans le domaine
de l’alchimie, une science sulfureuse mais dans laquelle nombre
de Selden se sont impliqués par le passé.
Emilie est donc éminemment érudite dès son
jeune âge, passant son enfance et son adolescence dans le
laboratoire de son père, un lieu sombre qui recèle
de multiples secrets ; Selden veut faire d’elle une femme
aussi savante qu’un homme : une « expérience
» à laquelle il a dédiée son existence
depuis la naissance de la petite. Mais il lui interdit pour cela
tout contact avec l’extérieur, dans l’idée
de la protéger (même le Révérend Shales,
pourtant naturaliste et scientifique, est interdit de visite - sa
méfiance envers l’alchimie y est pour beaucoup), et
la jeune fille est presque cloîtrée dans la grande
propriété familiale passablement délabrée
; ainsi, le quotidien d’Emilie, pourtant enviable si l’on
considère la condition féminine de l’époque,
se résume à de longues journées d’apprentissage
et de lecture, ponctuée de promenades en compagnie de son
père, qui servent là encore à lui inculquer
des savoirs sur le monde du vivant qui les entoure, quand elle ne
spécule pas avidement les propriétés et la
nature de l’air et du feu… C’est en grande partie
cette vie de recluse qui l’incite à se laisser séduire
par le premier homme venu, Aislabie, un marchand londonien qui semble
s’intéresser aux travaux de son père, et particulièrement
fasciné par l’étrangeté d’Emilie.
L’univers paisible construit par John Selden, soudain bouleversé,
se disloque et surgit une irréparable fracture entre le père
et la fille, qui rejoint bientôt Londres en compagnie de son
futur époux.
Ce
palpitant roman d’apprentissage, dont les thématiques
rappellent les romans de Sarah Waters tout autant que ceux
de Iain Pears, évoque l’atmosphère effervescente
d’une époque ambivalente, entre mouvement et
fixité, et tâche de montrer qu’en dépit
de son érudition, Emilie n’est pas à l’abri
des aléas de l’existence, de la duperie ou de
l’hypocrisie humaines ; son père, malgré
toutes ses précautions, ne l’a nullement préparée
à vivre dans un monde où les femmes, éternelles
mineures, sont considérées comme de jolis petits
animaux de compagnie, ou bien rejetées comme de vulgaires
instruments une fois qu’elles ont servi - comme les
prostituées qu’Emilie viendra à mieux
connaître.
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Revenue chez
son père, elle se réfugie dans le seul lieu familier
qu’elle contrôle, le laboratoire et les expériences
alchimiques qui la rassurent et qui l’amèneront à
reconsidérer son existence, ses origines et son mariage -
tout aussi volatile et fugace que les combinaisons d'air et de feu
qu'elle étudie... D’une parfaite érudition (la
romancière s’est en partie inspirée de la figure
de Mme du Châtelet, maîtresse de Voltaire et femme de
sciences, pour construire son personnage), The Alchemist’s
Daughter reste cependant suffisamment ancré dans l’univers
des émotions pour toucher un grand nombre de lecteurs et
procurer d’agréables moments de lecture.
Blandine
Longre
(février 2006)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.orionbooks.co.uk
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