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D'amour
et de mort
Bozorg Alavi,
comme nombre de ses compatriotes iraniens, a préféré
l'exil à la censure et à l'enfermement ; en 1953,
l'écrivain (aujourd'hui rangé parmi les "grands")
part pour l'Allemagne, terre d'accueil où il s'éteindra
quelque quarante années plus tard. C'est pourquoi les textes
que contient ce recueil (les premiers à paraître en
français) prennent des teintes occidentales tenaces et l'atmosphère
parfois tchékhovienne qui s'en dégage y est tout à
la fois surprenante et délicieuse. On se surprend à
apprécier le classicisme de chacune des nouvelles —
qui rappellent les oeuvres de nombreux auteurs japonais de la première
moitié du XXe siècle (eux aussi avaient emprunté
à la littérature européenne, dès les
débuts de l'ère Meiji... tels Akutagawa
- certains des thèmes amoureux qu'il développe se
retrouvent dans les nouvelles de Bozorg Alavi - ou Kafû,
chantre du naturalisme japonais, influencé entre autres par
Maupassant...).
Prenons le premier
des récits, La valise ; c'est l'objet
que le titre désigne qui, bien vite relégué
à l'arrière plan, déclenche néanmoins
une série d'événements dont l'apogée
prendra la forme d'un double sacrifice. Ce récit en demi-teintes
est narré par un jeune homme apparemment oisif et désinvolte,
en rébellion contre les valeurs familiales d'un père
attaché à des conventions insensées. Amoureux
d'une dame russe (qui le lui rend bien), le jeune homme part la
retrouver dans une région prisée par les touristes
- profitant d'un hasard qu'il croit heureux... Ce n'est que sur
place qu'il apprendra que sa maîtresse s'est engagée
à en épouser un autre ; une décision qui pousse
le narrateur à remarquer : "ni père, ni mère,
ni personne ne la forçait ; mais c'était oublier l'argent,
le beau monde, l'entourage, ces vieux démons maléfiques
qui la poussaient à se vendre. (...) Toutes les femmes se
vendent, certaines donnent une heure ou un jour pour trois sous,
d'autres leur vie entière pour s'assurer de vivre."
La misogynie ambiante doit se lire comme le reflet d'une époque
mais résulte aussi de l'amertume qui envahit le narrateur
et qui annonce le premier tournant d'un récit baignant dans
un fatalisme impossible à surmonter - les coups du hasard
étant bien trop violents, sournois, voire cyniques.
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Le même
sentiment de fatalité régit la nouvelle
Sacrifice (1933), récit amer qui
conte le mariage d'un tuberculeux avec une jeune fille très
éprise ; le reste est à l'avenant et d'autres
drames amoureux et existentiels se déploient dans Petite
histoire de ma chambre ainsi que dans Danse
Macabre, aux intrigues plus détaillées
; le dernier récit, en particulier, joue sur deux plans
parallèles, l'un faisant office de toile de fond (celui
du narrateur, emprisonné) et l'autre d'action principale,
une autre tragédie domestique qui témoigne là
encore d'un sacrifice au nom de l'amour (double cette fois
encore). Mais il demeure que ce sont les femmes qui "paient"
toujours, un parti pris certes embarrassant, mais qui donne
à l'ensemble une allure surannée assez pittoresque.
Blandine
Longre
(novembre 2004)
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Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

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http://www.bozorgalavi.com/
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