On
dirait bien que l’un de nos pianistes favoris prend goût
à l’exercice ô combien périlleux et
révélateur (du talent) qu’est la solitude
absolue devant le clavier (Edouard
Ferlet y a également succombé récemment
et admirablement.)
Alain Jean-Marie récidive : après Afterblue
(Shaï, 1999), voici donc chez un nouveau label (qu’il
faut féliciter et encourager, écouter le disque
du trompettiste Fabien Mary,
Twilight) une sorte de suite ou de prolongement du
précédent CD dans l’interprétation
de compositions qu’il doit connaître par cœur,
par le cœur, pour le cœur, en racontant de belles
histoires, de Memories of You, pièce composée
en 1930 par Eubie Blake (1883 – 1983) à Peace d’Ornette
Coleman en passant par les œuvres de confrères tels
que Billy Strayhorn, McCoy Tyner et Dave Brubeck sans oublier
deux thèmes de John Coltrane, Mister Syms et
After the Rain, ce dernier aussi bouleversant que l’interprétation
qu’enregistra le saxophoniste dans Impressions en 1963
(il existe une version de Coltrane lui-même au piano !)
et une composition personnelle, Italian Sorrow.
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Longtemps
partenaire sollicité par un nombre impressionnant
de musiciens états-uniens de passage à Paris
dès son arrivée en 1974, notre antillais
(musicien autodidacte, lauréat du prix Djando Reinhardt
1979 de l’Académie du Jazz) fut catalogué
comme pianiste be-bop, amorce un retour aux biguines de
sa Guadeloupe natale (ses disques Biguine Reflections),
enregistre avec les plus grands (notamment en duo avec
le contrebassiste Niels-Henning Ørsted Pedersen
et avec son confrère Michel Graillier) accompagne
la chanteuse Dee Dee Bridgewater puis devient le pianiste
du Onztet du contrebassiste et chef d’orchestre
Patrice Caratini… |
A l’aube de la soixantaine, Alain Jean-Marie a conservé
son merveilleux toucher, si délicat, son phrasé
d’une exceptionnelle richesse ; mais apparaît maintenant,
dans ce répertoire singulier, une sérénité,
une aura particulière, qui le classe à mes oreilles
dans la droite ligne d’un John Lewis… ce qui n’est
pas un mince compliment.
Le titre entier de la composition de Stafford James est That’s
what dreams are made of… c’est peut-être
pour cela qu’on entend ici une musique de rêve…
Jacques
Chesnel
(avril 2004)
Jacques
Chesnel
est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le
Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands
Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas)
; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie
Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente
ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

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