Les métamorphoses d’Aladin ou comment il fut passé au caviar
de Héliane Bernard et Jean-François Martin
(et d’après une traduction de G. Friley, illustrée par L. Laforgue, 1912)
collection Tatou, Editions Michalon, 2006

 

 

Aladin versus Pie voleuse

Ce très curieux objet porte bien son titre : Aladin subit un traitement inattendu. Tout d’abord, parce qu’il est republié sur les pages de gauche tel qu’il était en 1912 : on retrouve l’esthétique moderne de ce temps, les dessins souples et stylisés, les encadrements de pages enluminés, les couleurs légèrement délavées par un aspect un peu ‘buvard’ du papier. Les pages ont même été un peu jaunies de façon très réaliste et l’on se croirait véritablement en possession d’un album tiré d’un grenier ou de la réserve d’une bibliothèque. Le texte est écrit dans une langue riche et quelque peu compassée, à la mode du temps.
Sur les pages de droite, des illustrations pastichant le style du temps ou l’album lui-même en le détournant racontent une autre histoire : la Ballade de la pie voleuse. C’est ici que le caviardage intervient : le texte est fait de morceaux de celui d’Aladin, morceaux que l’on aperçoit dans de fausses fenêtres ouvertes dans ces images, comme si ces images avaient été entaillées de trous et posées sur le texte pour ne laisser voir que quelques mots ou phrases, ou paragraphes, qui racontent autre chose.

Cette virtuosité n’est pas stérile, puisqu’elle donne à voir deux textes intéressants tout en montrant comment certaines contraintes peuvent être fructueuses. Mais il est à noter qu’ici la lecture est une affaire sérieuse et hautement culturelle (Héliane Bernard a notamment fait partie du groupe qui a créé la revue Dada) : le choix de cet album du début du XXe siècle, de cette deuxième histoire qu’on doit lire ‘dans les trous’ de l’image, l’esthétique d’ensemble et enfin les très intéressantes pages traitant de l’oeuvre originale et des Mille et une nuits de Galland comme de la technique du caviardage en font un livre exigeant et riche.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(février 2007)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

 

La Collection Tatou
Heliane Bernard et Alexandre Faure ont créé la revue Dada et les Albums Dada aux Editions Mango, puis la revue 9 de coeur (éditions du Seuil). Leurs projets se poursuivent aujourd’hui aux Editions Michalon, avec la création des Albums Tatou qui vont explorer l’art, l’Histoire, les contes, la poésie…associant toujours textes et images, à la découverte d’artistes, à la recherche d’idées originales, pour une initiation qui devrait faire rêver grands
et petits.

http://www.tatoualbums.fr/