La Magicienne
1999, Philippe Picquier
nouvelles traduites du Japonais
par Elizabeth Suetsugu

Philippe Picquier, Poche, septembre 2003


L'auteur, qui a donné son nom à l'un des plus fameux prix littéraires dans son pays, est un formidable conteur, et ce recueil de nouvelles nous plonge dans un Japon à la fois attaché à ses valeurs traditionnelles et occidentalisé, trois des nouvelles appartenant au cycle dit "kaika mono" ("histoires du temps de la modernisation") : Les Poupées (1923), à travers l'histoire d'une famille bourgeoise désargentée forcée de se séparer des poupées traditionnelles, évoque le décalage douloureux entre modernité et système ancien, ainsi que les souffrances qui en résultent ; Un crime moderne (1918) et Un mari moderne (1919) présentent des personnages masculins tentant de concilier modernisme des idées (le mariage d'amour par exemple) et valeurs ancestrales, sans forcément parvenir à un équilibre.
Dans un autre registre, La Magicienne (1919) nous conte l'histoire d'amour teintée de tragédie d'un jeune homme et de sa servante, tous deux aux prises avec une sorcière maléfique et puissante, et l'irruption du fantastique et de la magie dans un Tokyo moderne paraît familière au lecteur occidental qui ne peut s'empêcher de penser à Kafka ou Maupassant. L'auteur, lui, déclare : "Eh bien, à une pareille époque, dans un coin de cette grande cité, il s'est passé une étrange affaire, comme on peut en trouver dans les histoires de Poe ou les contes d'Hoffmann."
La dernière nouvelle, Automne (1920), est mélancolique à souhait, tant par les évocations poétiques qu'elle renferme que par le sacrifice amoureux de Nobuko, jeune femme sensible et lettrée. Les allusions à la condition des femmes y sont subtiles mais non moins fortes pour l'époque.

L'auteur, excepté dans la dernière nouvelle, se met d'abord en scène, puis semble s'effacer derrière les récits des personnages (attachants en dépit de leurs faiblesses), et dans un souci de vraisemblance, annonce alors qu'il retranscrit fidèlement les événements, tels qu'ils lui ont été racontés. Le procédé littéraire est classique mais efficace ; le déroulement des intrigues est solide, l'écriture fluide, de sorte que le suspense s'installe aisément. On comprend qu'Akutagawa demeure un auteur populaire et toujours lu au Japon.

B.Longre

Soulignons que les notes en bas de page sont d'une aide précieuse pour le lecteur occidental (références littéraires, artistiques, topographiques, mythologiques etc.).



l'auteur

http://www.kalin.lm.com/akut.html

nouvelles en ligne (traduites en anglais)
http://home.clara.net/wabei/xlations.htm