Content de te revoir, Aki !
Le grand metteur en scène finlandais Aki Kaurismäki
n‘a toujours pas retrouvé le bonheur… Bonne
nouvelle pour les cinéphiles !
Le nouvel
avatar d’Aki Kaurismäki s’appelle Koistinen.
Il travaille comme gardien de nuit à Helsinki, et surtout
il vit seul. Les Lumières du faubourg
est en effet une très belle peinture de la solitude,
comme un nouveau chapitre sur ce thème après L’Homme
sans passé (Grand Prix du jury à
Cannes en 2002).
Soit un
personnage mutique filmé au quotidien, à table,
par exemple, dans sa modeste mansarde, ou bien après
le travail, en quête d’une vodka, sinon d’une
saucisse chaude. Dans le petit monde de restos, de comptoirs
et d’alcools forts d’Aki Kaurismäki, les corps
ont rarement paru aussi figés et les visages aussi froids.
| 
|
Certes
le rock local est toujours là, pour les oreilles
et pour les yeux, mais dans une intrigue aux limites du
minimalisme, l’énergie vient vite à
manquer, à l’exception de cette scène
proche de la bande dessinée où Koistinen,
venu à la défense d’un chien maltraité,
reçoit du propriétaire de l’animal,
flanqué de deux autres loubards cloutés,
une solide correction… hors cadre. Mais le cadre,
justement, Kaurismäki sait encore l’utiliser
à merveille, avec toujours une grande maîtrise
de la lumière (le fidèle Timo Salminen à
la photographie) et cette fascinante précision,
encore digne de Jacques Tati, dans l’art de saisir
les gestes et les regards des acteurs. Par ce soin clinique
apporté aux images (épurées mais
sans esthétisme), se confondent dans les personnages,
comme par magie, l‘action et la réflexion.
|
Ainsi Aki
Kaurismäki parvient, par exemple, en quelques minutes sans
paroles, à une magnifique expression de la solitude dans
une scène de bar jouée sur un air de violon et
sur le vif des regards entre le solitaire au comptoir et quelques
couples de nantis qui dînent en tête à tête.
Coup
de déprime exaltant
Si le cinéaste
paraît épuisé, comme son héros qui
porte dès la première image toute la peine du
monde sur son visage, il donne encore un excellent cinéma,
même à partir d’un scénario très
linéaire. Une brave blonde, obéissant à
un malfrat sans vergogne, entortille le naïf agent de sécurité
qui se retrouve accusé de vol dans son propre entrepôt
et perd donc son boulot pour aller croupir en prison. Le rock
a fait place au tango, les petites misères de la vie
seul ne cachent plus la dépression qui éclaire,
à travers quelques plans expressionnistes, le faciès
du prisonnier tourné vers la fenêtre de sa cellule.
L’interprétation devient de plus en plus subtile
(avec de nouveaux acteurs chez Kaurismäki, plus l’inoubliable
Kati Outinen croisée un instant en caissière)
et…. le film touche, profondément. Triste, mais
pas dramatique, poétique, sans dénoncer. Aki Kaurismäki
demeure l‘un des rares metteurs en scène à
savoir raconter une histoire, aussi simple soit-elle. Derrière
les barreaux, l’attachant Koistinen voit les maigres tentations
qui l’attendent à sa sortie, entre humour noir,
révolte, abandon et amour.
François
Cavaillès
(septembre 2006)

http://www.pyramidefilms.com/pyramide.html