Les Lumières du faubourg
film finlandais d’Aki Kaurismäki (2005)

Avec Janne Hyytiänen, Maria Heiskanen et Maria Järvenhelmi
Sortie nationale le 25 octobre 2006

Sélection Officielle - Cannes 2006

 

 



Content de te revoir, Aki !


Le grand metteur en scène finlandais Aki Kaurismäki n‘a toujours pas retrouvé le bonheur… Bonne nouvelle pour les cinéphiles !

Le nouvel avatar d’Aki Kaurismäki s’appelle Koistinen. Il travaille comme gardien de nuit à Helsinki, et surtout il vit seul. Les Lumières du faubourg est en effet une très belle peinture de la solitude, comme un nouveau chapitre sur ce thème après L’Homme sans passé (Grand Prix du jury à Cannes en 2002).

Soit un personnage mutique filmé au quotidien, à table, par exemple, dans sa modeste mansarde, ou bien après le travail, en quête d’une vodka, sinon d’une saucisse chaude. Dans le petit monde de restos, de comptoirs et d’alcools forts d’Aki Kaurismäki, les corps ont rarement paru aussi figés et les visages aussi froids.

Certes le rock local est toujours là, pour les oreilles et pour les yeux, mais dans une intrigue aux limites du minimalisme, l’énergie vient vite à manquer, à l’exception de cette scène proche de la bande dessinée où Koistinen, venu à la défense d’un chien maltraité, reçoit du propriétaire de l’animal, flanqué de deux autres loubards cloutés, une solide correction… hors cadre. Mais le cadre, justement, Kaurismäki sait encore l’utiliser à merveille, avec toujours une grande maîtrise de la lumière (le fidèle Timo Salminen à la photographie) et cette fascinante précision, encore digne de Jacques Tati, dans l’art de saisir les gestes et les regards des acteurs. Par ce soin clinique apporté aux images (épurées mais sans esthétisme), se confondent dans les personnages, comme par magie, l‘action et la réflexion.

Ainsi Aki Kaurismäki parvient, par exemple, en quelques minutes sans paroles, à une magnifique expression de la solitude dans une scène de bar jouée sur un air de violon et sur le vif des regards entre le solitaire au comptoir et quelques couples de nantis qui dînent en tête à tête.

Coup de déprime exaltant

Si le cinéaste paraît épuisé, comme son héros qui porte dès la première image toute la peine du monde sur son visage, il donne encore un excellent cinéma, même à partir d’un scénario très linéaire. Une brave blonde, obéissant à un malfrat sans vergogne, entortille le naïf agent de sécurité qui se retrouve accusé de vol dans son propre entrepôt et perd donc son boulot pour aller croupir en prison. Le rock a fait place au tango, les petites misères de la vie seul ne cachent plus la dépression qui éclaire, à travers quelques plans expressionnistes, le faciès du prisonnier tourné vers la fenêtre de sa cellule. L’interprétation devient de plus en plus subtile (avec de nouveaux acteurs chez Kaurismäki, plus l’inoubliable Kati Outinen croisée un instant en caissière) et…. le film touche, profondément. Triste, mais pas dramatique, poétique, sans dénoncer. Aki Kaurismäki demeure l‘un des rares metteurs en scène à savoir raconter une histoire, aussi simple soit-elle. Derrière les barreaux, l’attachant Koistinen voit les maigres tentations qui l’attendent à sa sortie, entre humour noir, révolte, abandon et amour.

François Cavaillès
(septembre 2006)

http://www.pyramidefilms.com/pyramide.html