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Du blues aux bleus à l’âme
Ecchymoses,
Audrey Dupont, Editions Jean-Pierre Huguet… Des mots, des
noms qui ne vous parlent pas ? Pas encore en touts cas.
Car nul doute qu’avec Audrey Dupont et son livre Ecchymoses,
cette petite maison va gagner ses lettres de noblesse par les choix
– et celui-ci en particulier – qu’elle fait ;
nul doute qu’avec les Editions Jean-Pierre Huguet, Audrey
Dupont va gagner en notoriété… gageons qu’elle
deviendra une grande de la littérature française.
140 pages, quatre portraits de femmes, c’est violent, éblouissant,
passionnant… magnifique tout simplement. S’il fallait
mettre Ecchymoses dans un genre littéraire,
une catégorie, nous pourrions éventuellement (parce
que c’est difficilement classable) le hisser au rang de nouvelles
poétiques en prose. Et pour celles et ceux que le mot poésie
effraie, ce livre vous réconciliera avec elle. En effet,
Audrey Dupont, jeune journaliste et écrivain de 28 ans, a
ce don particulier de trouver le bon mot, le mot juste, la finesse,
même dans les situations les plus terrifiantes, sans jamais
tomber dans la mièvrerie. Quatre femmes, quatre portraits,
un fil conducteur : la souffrance. Du blues aux bleus à l’âme
et au corps.
Avec force et
violence, le livre débute par le portrait peut-être
le plus dur ; celui de Clémence qui décrit, qui dit,
qui hurle l’inceste subi, l’objet qu’elle est
devenue, la violence contenue pendant tant d’années,
la rage au ventre, son état d’esprit de femme et cette
haine pour son violeur :
« Te rappelles-tu ses petites mains mal habiles, ses doigts
encore boudinés par l’enfance
évoluant sur ton sexe grandissant ?
FLASH BACK
Voleur d’enfance, voleur de rêves !
Geôlier de l’innocence perdue. A ton escarcelle sont
accrochés tant de vices effroyables.
Remember !
Tes gestes comateux
Ton haleine putride soufflant sur son visage
Ton souffle comme un râle à son oreille
Ta bouche : antre suprême des scories vénales. Palais
d’immondices.
Memento ! ( …) »
Chaque portrait
se décline en quatre parties ; ici on passera de l’acte
à la certitude, puis à la vengeance, jusqu’à
la délivrance… une fin inattendue.
A chaque fois c’est l’étonnement, la stupéfaction,
l’écoeurement. L’auteur réussit cette
prouesse de faire en sorte que l’on s’identifie à
chacune de ces femmes ; à Adèle, schizophrène,
qui parle avec l’Autre ; à Léa, qui mourrait
plutôt que de laisser une page blanche prendre possession
de sa conscience et de tout son être ; à Albane, qui
vit avec « Luce », « son amie », la leucémie
qui la tue à petit feu. Elle a 24 ans.
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Rage,
révolte, cynisme, résistance, des femmes pleines
d’ecchymoses qui puiseront au fond d’elles-mêmes
cette énergie jusqu’aux derniers ressorts du
souffle de vie parce qu’elles sont plus fortes que
la douleur, plus fortes que la souffrance.
Une lecture d’une rare intensité qui émeut,
met en colère, bouscule, soulève des questions…
Une écriture singulière, jamais vulgaire,
mais haute en couleur ; Ecchymoses trouverait son apogée
sur une scène de théâtre, c’est
évident : ces monologues, à l’instar
Des monologues du vagin d’Eve Ensler, pourraient être
aussi bien lus, déclamés, récités,
contés par une ou plusieurs comédiennes, voire
par des comédiens. Cette poésie prendrait
alors une tout autre dimension et se partagerait avec le
plus grand nombre.
Une réussite incontestable.
Apoline
Saybec
(décembre 2007)
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Apoline
Saybec est historienne de formation. Elle a été
rédactrice en chef d’un mensuel économique puis
généraliste. Journaliste en presse écrite,
elle est passionnée par l’être humain ; elle
aime autant l’histoire que l’actualité, la littérature
que le cinéma, la sociologie que la psychologie... Tout ce
qui permet de comprendre le monde qui l’entoure, de transmettre
ce qu’elle apprend ou ce qu’elle a vécu est le
terreau de son existence. S’évader, rêver, imaginer
au travers des livres… le voyage, dans tous les sens du terme,
est son moteur.

Poésie
Audrey
Dupont est journaliste. Elle rencontre l’écriture
à six ans grâce à Prévert. Ses premiers
poèmes sont publiés en 1996 dans la rubrique vents
littéraires au journal de Saône-et-Loire. En 1995,
elle obtient le premier prix régional de poésie avec
Lettre à la Paix puis le prix national Maupassant de la jeune
nouvelle en 1998 pour La petite fille aux yeux d’or.
Ecchymoses a reçu le grand prix de la fiction 2007 décerné
par la Société des Ecrivains et du Livre Lyonnais
et Rhônalpains (Sélyre)
http://www.editionhuguet.com
La
collection “Les Soeurs Océanes” dirigée
par Jean-Patrick Péju, « a pour ambition de
faire connaître des ouvrages surprenants, irritants, dérangeants
ou provocants. Elle privilégiera l’écriture
poétique sous toutes ses formes, du texte versifié
aux nouvelles en prose, favorisant l’innovation, l’originalité
et le non-conformisme. Son objectif est de perpétuer le jaillissement
de cette “source essentielle” qu’est la poésie
ainsi que la définit Andrée Chédid. »
Dans
la même collection :
Les riches heures d’Isidore le Joufflu, Yann Serra
Cyclope, Catherine Dessalles
Les Alfreds, Christophe Petchanatz
À la poste d’hier, Marie C. Poix-Tétu
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