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La
Fleur du Mal
Comment se montrer
courageux face à la tyrannie et à l’oppression
? Epineuse question, subtilement disséquée, dans le
premier roman de la jeune Nigériane Chimamanda Ngozi Adichie,
née en 1977 à Abba.
Kambili, quinze ans, la narratrice de Purple Hibiscus,
vit avec son frère aîné, Jaja, dans une prison
dorée. Leur père Eugene, propriétaire de plusieurs
usines et du seul journal indépendant du Nigéria,
figure respectée pour son courage politique, sa générosité
et son altruisme est également un Catholique intégriste
qui fait régner la terreur, une fois les portes de la vaste
propriété refermées. Converti à l’adolescence
par des prêtres blancs, il ne supporte plus depuis le paganisme
de ses ancêtres. Obsédé par le péché
et l’idée d’éradiquer chez les siens toute
attirance pour le Mal, Papa exerce donc au nom de la religion d’incessants
sévices moraux et physiques à l’égard
de Beatrice, son épouse, et de ses enfants, tout en activant
fréquemment le levier de la culpabilisation.
Aucune place pour le plaisir dans cette succession de rituels, de
prières, où même l’excellente nourriture
ne se déguste pas mais s’avale la gorge serrée
tant est omniprésente la peur d’avoir déplu
à Papa. Le portrait de ce monstre à visage humain
évite intelligemment la caricature et demeure convaincant
de bout en bout, le bourreau se doublant d’un être torturé
qui aime profondément ses proches. Cet amour muselle toute
remise en question et sa famille se soumet donc au départ
sans broncher.
L’avenir
semble tracé, lorsque le pays où règne une
insolente corruption connaît un coup d’état mené
par Big Oga - tyran sanguinaire vraisemblablement inspiré
par le général Sani Abacha qui imposa au Nigéria
une sombre période de junte militaire dans les années
quatre-vingt-dix. L’oppresseur bâillonne vite les bouches
récalcitrantes, menaçant et exécutant les opposants.
Se sentant en danger, Eugene confie les deux enfants à sa
sœur. De mauvaise grâce car
à l’image des précieux mais fragiles hibiscus
mauves qu’elle cultive, «symbole d’une liberté
d’être et de faire», Ifeoma, professeure
d’université, n’accepte pas les règles
qu’on veut lui imposer et permet à ses trois enfants
de s’épanouir dans une joyeuse atmosphère de
discussion. Dans le modeste petit appartement, autour d’une
table frugale mais réconfortante, le regard de Kambili évolue,
ses certitudes vacillent et la frontière entre le Bien et
le Mal s’estompe.
La romancière capte avec finesse ce lent éveil qui
mène la jeune fille sur le chemin d’une libération
du corps et de l’esprit. Cependant, que faire une fois la
prise de conscience accomplie ? Qu’elle se situe dans la sphère
familiale ou politique, la rébellion de l’intérieur
s’avère un leurre. Seules deux réponses véritables
s’offrent aux personnages.
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Ifeoma
choisit d’abandonner le combat. Jugée dangereuse
par le nouveau régime, elle perd son emploi et décide
d’émigrer en Amérique pour continuer à
exercer son métier et se défaire d’une pression
insupportable. Beatrice, épuisée par tant d’années
de soumission résignée explose soudain, commettant
un acte fou qui entraîne un dénouement pour le
moins inattendu. Là encore, l’analyse est fine,
Chimamanda Ngozi Adichie ne se fait pas d’illusions et
démontre qu’il n’existe malheureusement pas
de solution totalement satisfaisante.
La jeune femme rend aussi un bel hommage à son pays qu’elle
a quitté à 19 ans pour poursuivre ses études
aux Etats-Unis. Purple Hibiscus mêle
odeurs, couleurs et sons en un tableau bigarré et joliment
évocateur. Une première œuvre fort prometteuse. |
Florence
Cottin
(juin 2005)

http://www.nigeriavillagesquare1.com/BOOKS/adichie_interview.html
http://www.ulg.ac.be/facphl/uer/d-german/L3/cnaindex.html
http://www.harpercollins.co.uk
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