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L’observation
et l’émotion
«
De tous les pays d’Europe de l’Est, la Roumanie est
sans doute le plus divers. Le plus émouvant aussi ».
Ainsi débute le dernier chapitre de ce périple à
la fois très documenté et très personnel à
travers l’histoire et l’espace roumains. Dernier chapitre,
d’ailleurs, qui n’est pas en reste, puisqu’il
parcourt le pays du Delta du Danube au Maramures en passant par
la Bucovine et les Monts Apuseni et en dévoilant quelques
souvenirs individuels de l’auteur et de son épouse
Rodica.
Mais remontons
aux premières pages. Rodica, justement, à propos de
laquelle nous sommes mis dans la confidence, une confidence significative.
Rencontrée en 1971 sous le signe du secret, voire de la défiance,
alors qu’Alex Décotte était en reportage, fréquentée
jusqu’en 1974, puis perdue de vue pendant les 15 années
où il fut persona non grata en Roumanie pour avoir défendu
un vieil homme arrêté en plein Bucarest… De retour
en 1990, il la rechercha, il la retrouva, et comme dans un conte
ils se marièrent…
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Cette
belle histoire d’amour n’occulte pas, au contraire,
l’Histoire collective. Histoire d’un pays «
entre orient et occident », selon une chronologie
qui s’étend de l’époque des Daces
à celle d’aujourd’hui (une période
ainsi plus longue que ne l’annonce le sous-titre, certes
plus médiatique) et qui se trouve marquée par
quelques points forts : le destin de Vlad
Tepes «l’empaleur », personnage
réel devenu légendaire ; l’accession à
la tête puis au trône du pays de Karl Hohenzollern-Sigmaringen
sous le nom de Carol Ier, et la vocation poétique de
son épouse ; Ferdinand Ier et la reine Marie ; Carol
II, ses frasques et les ambiguïtés politiques
de son règne ; Michel Ier et son rôle clandestin
pendant la guerre contre Antonescu et les nazis, puis son
retournement d’alliance en faveur des Alliés
; la dictature communiste, les tentatives de résistance,
la répression, les règlements de compte, la
toute-puissance de la Securitate… |
Alex Décotte
se présente comme un historien et un journaliste, mais aussi
comme un observateur impliqué. Ses liens affectifs avec la
Roumanie, les rencontres qu’il y a faites lui permettent d’entrer
dans des détails sans précédent et de transmettre
des témoignages inédits. Nous faisons par exemple
la connaissance de Radu Filipescu, « l’un des résistants
les plus atypiques » au régime de Ceausescu, ou
de Viorel Roventu, l’un des auteurs de l’attentat manqué
en 1983 contre le conducator, pris puis emprisonné
jusqu’en… 1998 ! Nous côtoyons les dissidentes
Ana Blandiana et Doina Cornea ; un chapitre est consacré
aux otages roumains en Irak et à leur détention en
compagnie de Florence Aubenas, un autre à la condition des
Roms et à leurs relations avec la population. Et l’auteur
ne cache pas son scepticisme (pour ne pas dire plus) concernant
la « révolution » de 1989 et le rôle de
Ion Iliescu dans la démocratisation du pays.
Le texte, original
et personnel, on l’aura compris, mais aussi historiquement
très fourni, est complété par deux cahiers
photographiques relevant du même esprit. La Roumanie est bien
un pays « insolite », pour peu qu’on l’observe
d’un œil aussi perçant et compréhensif
que l’auteur.
Jean-Pierre
Longre
(janvier 2008)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles).

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Autour
de la Roumanie - Littérature, essais...
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