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Patchwork
impressionniste
L'écriture
de ce roman (qui se déroule en Palestine, mais qui semble
comme hors du temps et de l'Histoire) repose sur une lecture intime
et singulière du réel : une vision décomposée
en infimes détails qui forment un réseau d'impressions
visuelles, tactiles et sonores (taches de couleur, fissures, matières
écaillées — un leitmotiv) où chaque sens
joue un rôle bien défini. Des personnages anonymes,
désignés par leur fonction sociale ou familiale, tissent
un univers entropique qui enveloppe la jeune fille, pivot submergé
de la narration : comme si cette dernière, impuissante, ne
pouvait influer sur les événements et les êtres
qui l'entourent et la malmènent, parfois involontairement.
Ce trait récurrent se double d'une impossibilité :
celle d'avoir accès au monde des autres, celui de ses huit
sœurs et de sa mère, plus particulièrement. Un
phénomène qui s'accentue lorsqu’une otite frappe
la jeune fille ; c'est avec des sentiments ambivalents qu'elle accueille
ce silence artificiel : "on dirait qu'elle a eu une énorme
dispute avec tout le monde, et que le silence est sa punition"
; mais par instants, cette absence sonore est vécue comme
"un paradis", s'apparentant au silence du frère
mort :"le silence était sa seule forme d'existence,
pour l'éternité."
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Reflets
sur un mur blanc est un roman dont l'écriture
limpide dérange et émeut ; une écriture
dépouillée mais qui dissimule des fêlures
intérieures profondes : la vision éclatée
d'un petit village palestinien et d'une poignée de ses
habitants, vus à travers le prisme dilaté, exacerbé,
d'une jeune fille solitaire, à l'affût ; un personnage
étrange, qui interprète son environnement à
l'aune de son regard étonné, naïf et pénétrant,
celui d'un esprit dont on sent le besoin inavoué de s'échapper.
On trouve là de bien belles images, des tableaux muets
inoubliables, un symbolisme qui se refuse à être
trop insistant (laissant ainsi la porte ouverte à de
multiples interprétations) et un texte qui se gorge peu
à peu d'une multiplicité de détails, de
sons et de couleurs, de gestes et de scènes captés
au ralenti, qui suspendent le temps qui passe. |
B.L.
(mai 2004)

http://www.actes-sud.fr/index.htm
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