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avec
Sophie Cattani, Daniel Croze, Philippe Mangenot, Céline Morisson,
Alain Pierre (au piano), Alain Sergent, Annie Tasset…
La dernière
création de Gilles Chavassieux, Si l'été
revenait, est aussi la toute dernière pièce
qu'ait écrite Arthur Adamov, en 1968, deux ans avant sa mort.
"J'ai pensé très longtemps nommer cette pièce
Variations sur un même thème", disait l'auteur
: un seul et même thème, une seule histoire, racontée,
ou plutôt rêvée successivement par quatre dormeurs.
Un drame dont il est peu aisé de faire le synopsis tant on
se demande quelles en sont les parts de réalité, ou
plutôt les réalités divergentes qui s'accumulent
et se superposent. La pièce repose en effet sur d'habiles
procédés qui font perdre pied (multiplicité
des points de vue, interprétations contradictoires des faits
et des pensées) et il en résulte une obsédante
mais joyeuse confusion entre réel et imaginaire ; une nécessité
s'impose alors au spectateur : reconstruire tant bien que mal des
bribes de réel disloquées par la conscience qui sommeille,
recoller les morceaux d'une réalité malmenée
par les inconscients des quatre personnages, Lars, sa femme Brit,
sa soeur Thea et l'amie de cette dernière, Alma.
Dans le même temps, on observe comment les inconscients dévoilent
et énoncent bruyamment ce que le principe de réalité
interdit d'habitude (l'adoration malsaine que Lars voue à
sa soeur Thea, les frustrations et les haines de cette dernière,
les pulsions sado-masochistes de Lars, la lucidité de Brit,
et la solitude extrême d'Alma) ; peu à peu, le drame
fait surface et brise les derniers tabous érigés par
la conscience ; les inconscients passent aux aveux et les âmes
règlent leurs comptes avec les autres (mère, amis,
institutions, monde bourgeois...)
| Si
l'été revenait est un déferlement
de sentiments contradictoires, de pulsions profondes et ambivalentes,
un véritable cataclysme psychologique opéré
par des consciences endormies, qui remuent leurs souvenirs refoulés
tout comme les personnages remuent la terre brune qui recouvre
la scène entière ; une terre qui incarne à
la fois la vie et la mort, et qui, lorsque les personnages y
sont ensevelis, rappelle à celui qui les enterre qu'il
est bel et bien enfermé dans sa solitude. Les personnages
s'épient, se torturent mutuellement et semblent incapables
d'atteindre un état minimum de bien-être entre
les déchirements, les séparations, les amours
blessés et la tyrannie des figures parentales. |
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Avec cette pièce,
véritable tragi-comédie psychanalytique, Adamov renouait
avec le théâtre d'individus, plus ou moins délaissé
durant les années 50 (en proposant un théâtre
réaliste et engagé, aux influences brechtiennes) :
les personnages sont décryptés, leur fonctionnement
psychologique exploré, leur intimité est dévoilée,
leurs sentiments sont pris en compte et il se dégage de l'ensemble
une grande compassion ; et pourtant, on retrouve dans cette dernière
oeuvre des traits marquants des pièces antérieures
: la notion d'enfermement, d'étouffement physique et moral,
l'engagement politique et révolutionnaire (incarné
par Alma), et la terrible solitude qui envahit des êtres défragmentés,
la racine de leur souffrance, semblable à celle de leur créateur,
qui avouait : "Je suis séparé. Ce dont je
suis séparé, je ne sais pas le nommer. Mais je suis
séparé."
Cette pièce est à l'image même du théâtre
tel que le définissait Arthur Adamov : "Le théâtre,
le vrai, c'est celui où l'on se trouve presque dans la réalité,
mais sans y être absolument, une distance nous sépare
d'elle". Cette mise en scène rigoureuse et inventive
(en témoigne l'immense miroir posé au fond de l'espace
scénique, qui, de temps à autre, dévoile brièvement
une autre scène, sorte de tableau vivant), joue sans cesse
sur la frontière qui sépare le rire des larmes, et
exploite à merveille le sentiment d'instabilité créé
par la confusion rêve/réalité.
Dans le
même temps, on se dit que si tout est rêve, à
quoi bon se raccrocher aux quelques indices que l'auteur juge bon
de nous donner ? Pourquoi tenter de tout comprendre, de recomposer
vainement un réel qui est de toute façon virtuel,
pur produit de l'imagination d'un auteur...? Pourquoi ne pas simplement
se laisser porter par la subtilité et la drôlerie du
jeu des comédiens, par le rythme cocasse et chaotique des
situations, un trait propre à tout rêve (transpositions,
associations d'idées, de mots, réalisation de fantasmes...),
et par les situations saugrenues et parodiques, où chacun
retrouvera sans doute une part de ses propres rêves ?
Blandine
Longre
(novembre 2001)
Si l’été
revenait est
une suite de rêves effectués par quatre dormeurs différents
: Lars, 21 ans, Thea sa soeur, 22 ans, Brit, sa femme, 21 ans, Alma,
amie de Brit et de Lars, 23 ans. Pas de version objective : y en
a-t-il une seulement dans la vie individuelle ? Il n’y en a jamais
que sur le plan social. Qui sont-ils, que veulent-ils, de quoi ont-ils
peur, les personnages, les dormeurs de Si l’été
revenait ? (...) Ambivalence des sentiments de chacun pour
chacun, d’Alma pour Brit, de Brit pour Alma, etc... Ne pas craindre
le comique ; l’exagérer même. Quand Madame Petersen
se costume en clergyman, quand Alma, presque à la fois, se
farde et fait ses grandes proclamations sociales, quand Thea joue
du violon, quand l’un ou l’autre des personnages sort la tête
entre les mains, que l‘on rie, que l’on rie.
(extraits de Notes préliminaires
de Si l’été revenait
d’Arthur Adamov)
On a tiré
Adamov soit du côté de Strindberg
soit de celui de Brecht. Or c’est plutôt
du côté de Tchekhov qu’il aurait fallu chercher : dans
un théâtre à mi-voix et comme en équilibre
instable, où chacun a sa chance même si tous sont condamnés.
Dans un théâtre entre la caricature et le trompe-l’oeil,
entre le rire et les larmes, un théâtre qui, sous l’apparente
froideur avec laquelle sont agencés les fausses rencontres
de personnages et leurs perpétuels bavardages, est fait d’attention
et de tendresse.
(Bernard Dort in Les Lettres françaises,
1970)
Théâtre Les Ateliers
5, rue du petit david
69002 Lyon
réservations 04 78 37 46 30

Théâtre
Les Ateliers
http://www.theatrelesateliers-lyon.com
Adamov
http://www.comedie-francaise.fr/biographies/adamov.htm
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