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« Recréation » originale
Romancier,
poète et biographe anglais, Peter Ackroyd démontre
une nouvelle fois son aisance à faire rimer imagination et
érudition.
Maître
incontestable en jeux d’écriture, virtuose de l’intertextualité,
il avoue d’ailleurs que rien en littérature ne peut
être entièrement neuf. Il puise donc avec gourmandise
dans un passé littéraire et historique qu’il
remodèle et réinvente à sa guise. Cette méthode
s’applique avec succès aux Clerkenwell
Tales.
Hommage à Geoffrey Chaucer, bien sûr.
Dans ses célèbres Contes de Cantorbéry
(écrits à la fin du quatorzième siècle),
le poète met en scène des pèlerins qui, réunis
dans une auberge londonienne, s’apprêtent à partir
pour Cantorbéry afin d’y recevoir la bénédiction
de Saint Thomas Becket. Pour que le voyage paraisse moins long,
l’aubergiste propose d’arbitrer une sorte de joute verbale,
dont le gagnant se verra offrir un bon repas. A tour de rôle,
les protagonistes racontent donc leur conte. De par son titre, chaque
chapitre des Clerkenwell Tales fait écho à
l’un d’entre eux et Ackroyd, à l’instar
de son célèbre ancêtre, clôt le roman
par des notes personnelles.
| Néanmoins,
alors que Chaucer offre une succession de tableaux, Ackroyd
utilise chaque conte pour apporter des éléments
supplémentaires à la construction d’un
tableau d’ensemble. Tous les personnages font partie
de la même histoire et fournissent des perspectives
différentes, permettant ainsi à l’intrigue
de se complexifier. Malgré cette structure remue-méninges,
entre puzzle et kaléidoscope, le romancier ne perd
jamais de vue son fil conducteur : Londres, 1399, alors que
Henry Bolingbroke et son armée montent sur la capitale
dans le but avoué de déposer l’autocrate
Richard II, des conspirateurs menés par le moine augustin
William Exmewe s’activent dans l’ombre. Quant
à Sœur Clarice, nonne au couvent de Clerkenwell,
elle inquiète les officiels et fascine le peuple par
ses prophéties menaçantes, qui prennent corps
dans la réalité. |
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Ackroyd s’appuie
donc sur des personnages réels (il fournit à la fin
du roman des explications très intéressantes –
mentionnant par exemple une lettre écrite par W. Exmewe sur
ses liens avec l’organisation secrète Dominus, d’une
importance essentielle dans la genèse de son roman) et leur
en adjoint d’autres, imaginaires, mais tout aussi convaincants,
qui lui permettent de brosser une fresque passionnante de la période
médiévale. Le moindre détail sonne vrai, jusque
dans la langue utilisée (authentique source de certaines
difficultés pour le lecteur !). Il dépeint à
merveille l’état des sciences et de la médecine,
encore tributaire des humeurs et de l’astrologie, la violence
des rapports humains ou encore la mainmise d’une église
corrompue dont certains membres apprécient fort la bagatelle.
Cependant, malgré la somme de connaissances impressionnantes
dont il fait preuve, Ackroyd ne rédige pas un savant traité
sur le Moyen Âge.
Comme à son habitude, il évoque d’abord une
atmosphère particulière et s’attarde sur les
goûts, les odeurs, les couleurs ou les sons. À nouveau,
Londres lui sert de décor. Rien d’étonnant à
cela. Partie intégrante de son œuvre, la capitale anglaise,
qu’il considère comme un organisme vivant, reste son
sujet de prédilection — il lui a d’ailleurs récemment
consacré une somptueuse biographie – véritable
mine de renseignements dont on ne peut que conseiller la lecture
: Londres, la biographie, paru chez Stock
en 2003.
Le quartier de Clerkenwell, déjà au centre de The
House of Doctor Dee, fascine Ackroyd qui y voit un
foyer d’épanouissement pour la gauche radicale et révolutionnaire.
Wat Tyler (qui a mené la révolte paysanne de 1381)
et Lénine y sont passés, le lieu abritant aujourd’hui
The Marx Memorial Library et les locaux du Guardian.
Modeste, Ackroyd ne se considère pas comme quelqu’un
d’important. Il possède pourtant une place à
part dans le paysage littéraire britannique. Celle d’un
« recréateur » de génie. The
Clerkenwell Tales en fournissent une excellente preuve.
Florence
Cottin
(février 2004)
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L'éditeur
http://www.randomhouse.co.uk
http://www.contemporarywriters.com/authors/?p=auth148
http://ebc.chez.tiscali.fr/ebc52.html
http://lidiavianu.scriptmania.com/peter_ackroyd.htm
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