Achab ou la grande sauvagerie
Libre adaptation
du chef d’œuvre de Melville Moby Dick,
Capitaine Achab montre la genèse
de l’homme et du mythe Achab, depuis son enfance de maudit
bandit jusqu’à sa confrontation avec la grande
baleine blanche. Ambitieux formellement, Capitaine
Achab croise les arts, et, après un début
peu convaincant, s’affirme progressivement comme œuvre
d’art de haute volée, de facture audacieusement
classique, alliant la narration littéraire (construction
en tableaux-chapitres chronologiques, soutenus par une variation
de points de vue tout à fait maîtrisée),
la pureté picturale, et une bande-son inspirée.
Il rassemble de surcroît un casting de haut niveau, largement
puisé dans le monde du théâtre, avec, au
centre de l’attention, l’excellent Denis Lavant,
qui joue le baleinier mystique, plongé dans l’une
des plus grandes aventures de la littérature moderne
; autour de lui, on retrouve Jacques Bonnaffé, ou Carlo
Brandt, qui viennent ajouter au sérieux de l’entreprise,
tandis que le chanteur polymorphe Philippe Katerine fait une
incursion remarquable en beau-père malsain. Rapprochant
le spectateur d’Achab (en renonçant à la
béquille romanesque distanciatrice du narrateur de Moby
Dick, ici pluralisée) sans lui rien enlever de son invincible,
voire indicible, anormalité, Philippe Ramos nous invite
à la confrontation avec ce qui nous dépasse, imitant
sur le plan cinématographique la force du personnage
même ; s’il stigmatise les origines du bien et du
mal en Achab, c’est pour insister finalement sur ce qui
s’avère par-delà bien et mal, ce qui reste
étranger à ces notions dans lesquelles l’humanité
s’emprisonne elle-même : Achab ou la sauvagerie,
la nature belle et puissante, celle qui épuise les hommes
et qui embrase les femmes, celle qui stimule les âmes
fortes au point qu’elles lui sacrifient toute leur vie.
Nicolas
Cavaillès
(février 2008)
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