Capitaine Achab
Un film de Philippe Ramos
France, 2007
Sortie le 13 février 2008

 

 


Achab ou la grande sauvagerie

Libre adaptation du chef d’œuvre de Melville Moby Dick, Capitaine Achab montre la genèse de l’homme et du mythe Achab, depuis son enfance de maudit bandit jusqu’à sa confrontation avec la grande baleine blanche. Ambitieux formellement, Capitaine Achab croise les arts, et, après un début peu convaincant, s’affirme progressivement comme œuvre d’art de haute volée, de facture audacieusement classique, alliant la narration littéraire (construction en tableaux-chapitres chronologiques, soutenus par une variation de points de vue tout à fait maîtrisée), la pureté picturale, et une bande-son inspirée.
Il rassemble de surcroît un casting de haut niveau, largement puisé dans le monde du théâtre, avec, au centre de l’attention, l’excellent Denis Lavant, qui joue le baleinier mystique, plongé dans l’une des plus grandes aventures de la littérature moderne ; autour de lui, on retrouve Jacques Bonnaffé, ou Carlo Brandt, qui viennent ajouter au sérieux de l’entreprise, tandis que le chanteur polymorphe Philippe Katerine fait une incursion remarquable en beau-père malsain. Rapprochant le spectateur d’Achab (en renonçant à la béquille romanesque distanciatrice du narrateur de Moby Dick, ici pluralisée) sans lui rien enlever de son invincible, voire indicible, anormalité, Philippe Ramos nous invite à la confrontation avec ce qui nous dépasse, imitant sur le plan cinématographique la force du personnage même ; s’il stigmatise les origines du bien et du mal en Achab, c’est pour insister finalement sur ce qui s’avère par-delà bien et mal, ce qui reste étranger à ces notions dans lesquelles l’humanité s’emprisonne elle-même : Achab ou la sauvagerie, la nature belle et puissante, celle qui épuise les hommes et qui embrase les femmes, celle qui stimule les âmes fortes au point qu’elles lui sacrifient toute leur vie.

Nicolas Cavaillès
(février 2008)

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