L’élève du magicien
un conte du Maghreb
texte de Nora Aceval et illustrations d’Emre Orhun,

éditions du Sorbier, collection « Au berceau du monde », 2007
A partir de 8 ans

 

 

La magie est dans le savoir

C’est sur une illustration poétique et quasi pointilliste que se présente à nous la couverture de cet album. Nora Aceval, conteuse professionnelle, originaire des hauts plateaux du sud ouest de l’Algérie, nous transmet à travers ce bel objet-livre, une histoire aux couleurs orientales, narrée jadis par sa mère.
Nous découvrons l’histoire du jeune « Fahim l’intelligent ». Sa mère qui l’élève seule veut à tout prix donner à son fils unique les moyens de réussir sa vie. Sur les recommandations d’un vieillard, elle l’envoie dans une pension isolée dans la montagne, où il peut suivre les cours en contrepartie de sa participation aux travaux de la ferme. Grâce à sa soif de connaissances, Fahim ne met pas longtemps à s’apercevoir que son maître est en réalité un magicien… maléfique, qui plus est, jaloux du génie de son élève. Sans jamais ébruiter ses soupçons, il acquiert en cachette un savoir égal au sien, en consultant inlassablement la nuit les vieux ouvrages de la bibliothèque. Au terme de ses études il finit par dépasser le maître car il découvre le grand mystère : en chaque chose se trouvent sept niveaux de compréhension et il parvient au septième, l’inaccessible. Grâce à sa magie, il permet à sa mère de s’enrichir mais il est pris à son propre piège et son maître découvre son stratagème. Un duel féroce de métamorphoses s’engage alors entre les deux magiciens, mais Fahim plus intelligent que le vieux mage finit par le vaincre. De manière sobre mais poétique, la morale de ce conte traditionnel met l’accent sur l’importance de l’apprentissage, du savoir, de l’honnêteté et de la justice. L’histoire se clôt en ces termes qui feront écho peut-être plus aux prescripteurs qu’aux enfants eux-mêmes : « La magie est dans le savoir ».

La technique atypique de la carte à gratter donne à cet album une originalité graphique et rappelle l’apparence des gravures. L’illustrateur utilise à cet effet des feuilles cartonnées blanches, enduites d’un vernis noir, qu’il gratte avec une plume, faisant ainsi apparaître le blanc, avant de rajouter les couleurs par ordinateur. L’autre spécificité de ce livre est l’emploi de la thématique des métamorphoses animales, celles racontées naguère par le poète latin Ovide et que l’on trouve aussi chez Perrault. Seul petit bémol au charme de ce sympathique album, il contient douze formules arabes calligraphiées qui auraient pu être traduites en français pour le plus grand plaisir des lecteurs non arabophones.

Caroline Scandale
(janvier 2008)

Caroline Scandale, professeure documentaliste, poursuit en parallèle des recherches en littérature, spécialité Masculin/féminin, en particulier dans le domaine de la littérature jeunesse.
http://sorcieres-jeunesse.hautetfort.com/

http://www.emreorhun.com/

http://www.zanzibart.com/noraaceval/accueil.htm

Littérature jeunesse