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Les Aborigènes
ou la lutte d'un peuple
L'un des derniers
titres parus dans la collection Découverte Gallimard (ces
petits ouvrages que l'on a plaisir à feuilleter d'abord,
puis à lire de fond en comble, tant l'iconographie et la
mise en page sont tentantes) s'intéresse de près aux
Aborigènes d'Australie, un peuple longtemps rejeté,
mis au ban de la société australienne, et dont le
destin est comparable en tous points à celui des Indiens
d'Amérique, dès l'arrivée des Européens
sur le continent. En tête de file, le très célèbre
capitaine James Cook, qui plante le drapeau britannique en nouvelle
Galles du Sud en août 1770. Avant lui, d'autres explorateurs,
notamment hollandais, ont foulé la terre des Aborigènes
(un million en 1788, présents sur le continent depuis environ
50 000 ans), mais n'y trouvent aucune richesse à piller
et peu d'opportunités pour développer des relations
commerciales avec les "sauvages", qui paraissent vivre
dans l'indigence.
Une fois encore,
le choc des cultures est violent et l'incompréhension des
Européens face à cette civilisation millénaire
sera la première source de conflit et d'intolérance.
Au-delà de l'histoire de cette rencontre brutale, cet ouvrage
nous donne justement les clés qui manquaient aux Européens
des siècles derniers (des clés que leur ethnocentrisme
exacerbé empêchait de percevoir), qui virent en l'Australie
une terre "vide" car non cultivée... L'on glane
ainsi de précieuses informations sur la mythologie aborigène,
les rites et les croyances, le mode de vie (le plus souvent nomade),
l'artisanat et l'art. On se familiarise aussi avec la notion du
"temps du rêve" ("Dreamtime" en anglais),
fondement de la philosophie aborigène, indissociable de la
vie quotidienne : le "everywhen" (ainsi nommé par
l'ethnologue Stanner), un terme qui définit en quelque sorte
l'idée que le temps passé ne cesse de se dissoudre
dans le temps présent et dans l'avenir, que ces trois dimensions
temporelles sont intimement mêlées, omniprésentes,
un peu comme si l'homme vivait à chaque instant à
la fois dans le passé de ses ancêtres (dont les traces
sont encore visibles dans le paysage) et dans l'avenir, qui se renouvelle
à chaque seconde. On découvre ainsi un mode de pensée
complexe, à l'image des règles de parenté qui
faisaient dire à Levi-Strauss (l'un des premiers à
porter un regard neuf sur ces peuples) que les aborigènes
sont "une aristocratie intellectuelle".
Deux autres
chapitres suivent, l'un consacré à l'expansion de
l'Australie "blanche", aux révoltes aborigènes
(souvent incarnées par un résistant mythique, Tjandawara)
et à la politique d'assimilation raciale qui, dès
le début du XXe siècle, a pour but de déraciner
les aborigènes en les déportant dans des réserves,
en obligeant les parents à se séparer de leurs enfants
afin qu'ils reçoivent une éducation "blanche"
ou en tentant de les convertir. Dans le dernier chapitre, intitulé
"Nous avons survécu !", on apprend que les
Aborigènes sont devenus citoyens australiens en 1967... et
qu'en 1993, les tribunaux et le gouvernement reconnaissent enfin
officiellement leur droit à disposer de territoires qu'ils
occupent depuis plus de 50 000 ans. Ces évolutions sont
en grande partie dues au mouvement des droits civiques (plus ou
moins calqué sur le combat des noirs américains) ;
ainsi, l'Australie actuelle apprend peu à peu à accepter
ses premiers habitants (en célébrant par exemple les
générations volées, chaque 26 mai, le "National
Sorry Day") et en créant un conseil de la réconciliation
aborigène en 1991.
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On appréciera
particulièrement les passages dédiés
à l'art aborigène, ainsi qu'une partie intitulée
"Voix aborigènes" (dans "Témoignages
et Documents", des annexes instructives), qui présente
un échantillon de la production littéraire aborigène
(des ouvrages disponibles en français). Mais de cet
ouvrage, on retiendra tout particulièrement l'étonnante
richesse iconographique, des peintures et esquisses occidentales
(de surprenants témoignages de la vision européenne)
aux photographies d'archives, en passant par un nombre important
de reproductions de tableaux et de dessins aborigènes,
comme celui du Python arc-en-ciel ou bien les créations
picturales des soeurs Nampitjinpa et d'Emily Kame Kngwarreye.
Blandine
Longre
(décembre 2002)
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Carol
Nampitjinpa
(Women's ceremony, 2001)
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Gallimard
http://www.gallimard.fr/
http://www.monde-diplomatique.fr/2000/10/DECOUST/14301
http://www.officieldesarts.com/artsdaustralie/
http://www.jintaart.com.au/index1.htm
http://aboriginalart.com.au/
http://www.aboriginal-desert-art.com.au/
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