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Vous
pensiez connaître la Chine ?
Dans la
même veine et sur le même schéma que L'Abécédaire
du Japon de Moriyama Takashi, édité
en 1997 par Philippe Picquier, L'Abécédaire
de la Chine paraît à point nommé,
en cette année où la France "accueille"
officiellement la Chine et s'ouvre à sa culture et
à sa littérature. Cet ouvrage offre un panorama
intelligent et très documenté d'un vaste pays,
d'un peuple aux multiples facettes et particularismes, attaché
à ses traditions, traversé et transformé
en partie par le maoïsme et la dictature, la peinture
d'une société aujourd'hui happée par
un libéralisme sauvage (pléonasme ?) qui inquiète
- tant il n'est pas une garantie d'un accès réel
à une démocratie plausible. |
Un abécédaire
n'est pas nécessairement encyclopédique et ne peut
tout balayer mais il demeure que cet ouvrage est un outil précieux,
une tentative rigoureuse de découverte : l'auteur s'attarde
plus particulièrement sur le quotidien des Chinois et les
caractéristiques sociales du pays, les difficultés
politiques et les mutations économiques, tout en conservant
un regard suffisamment critique pour être crédible.
Philippe Paquet ne verse jamais dans la complaisance et plusieurs
passages en témoignent, comme celui-ci : "l'Etat
« protège et améliore le milieu où l'on
vit et l'environnement écologique, et mène la lutte
contre la pollution et les autres nuisances », affirme l'article
26 de la constitution chinoise, sans craindre de se répéter
(...) Il est vrai que le désastre s'étale dans toute
sa splendeur. Seize des vingt villes les plus polluées au
monde sont chinoises, une performance qui est due à des phénomènes
climatiques mais aussi à la politique maoïste qui consistait
à implanter les usines au cœur du tissu urbain."
; ou encore, lorsqu'il parle de la condition féminine : "le
déséquilibre des sexes (qui peut atteindre 140, voire
dans les cas extrêmes 170 garçons pour 100 filles)
est incontestablement devenu la première cause de dévalorisation
du statut féminin. (...) La Chine communiste a poussé
très loin l'égalité entre les sexes, au point
de les confondre, au plus fort du maoïsme, dans un même
costume unisexe. Il n'empêche que l'égalité
parfaite est loin d'être réalisée."
L'auteur nous parle aussi du "supplice des toilettes publiques",
de la place Tian’anmen, "un vaste désert de
dalles", de son absence "d’âme"
et du dernier bain de sang de juin 1989. Mais même si les
constats peuvent se faire alarmants, on apprend aussi nombre de
choses qui éveillent notre curiosité : des explications
linguistiques (sur le « pinyin », l’alphabet
phonétique Chinois, sur l'origine du mot "Chine"
etc.), des informations sur les noms et les prénoms chinois
("tout un programme"), et des particularités
culturelles plutôt déroutantes (la traditionnelle pudeur,
l'approche religieuse - les Chinois ne craignant pas de confondre
et de mêler plusieurs dogmes, etc.) ; mais cet ouvrage procède
aussi d'une démarche à double-sens, l'auteur donnant
des précisions, dans de nombreux articles, sur le regard
que les Chinois portent sur nous et nos valeurs, sur la façon
dont ils considèrent la démocratie, ce que l'Europe
et les Etats-Unis sont à leurs yeux, etc.
L'Abécédaire de la Chine
se prête à un feuilletage désordonné,
mais peut aussi servir de guide de voyage et par instants de manuel
de savoir-vivre ; surtout, l'auteur parvient à dépasser
les préjugés et les idées reçues (qui
ont tendance à faire surface dès que l'on est confronté
à des univers lointains, connus uniquement à travers
quelques reportages ou lectures) et à nous faire prendre
conscience de la complexité d'un peuple, d'une histoire et
de sa culture. Il ne nous reste plus qu'à apprendre le chinois
!
B.
Longre
(mars 2004)

Chine,
du côté des livres
http://www.salondulivreparis.com/
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