L'Abécédaire de la Chine
illustré par Cabu
Philippe Picquier, 2004


Vous pensiez connaître la Chine ?

Dans la même veine et sur le même schéma que L'Abécédaire du Japon de Moriyama Takashi, édité en 1997 par Philippe Picquier, L'Abécédaire de la Chine paraît à point nommé, en cette année où la France "accueille" officiellement la Chine et s'ouvre à sa culture et à sa littérature. Cet ouvrage offre un panorama intelligent et très documenté d'un vaste pays, d'un peuple aux multiples facettes et particularismes, attaché à ses traditions, traversé et transformé en partie par le maoïsme et la dictature, la peinture d'une société aujourd'hui happée par un libéralisme sauvage (pléonasme ?) qui inquiète - tant il n'est pas une garantie d'un accès réel à une démocratie plausible.

Un abécédaire n'est pas nécessairement encyclopédique et ne peut tout balayer mais il demeure que cet ouvrage est un outil précieux, une tentative rigoureuse de découverte : l'auteur s'attarde plus particulièrement sur le quotidien des Chinois et les caractéristiques sociales du pays, les difficultés politiques et les mutations économiques, tout en conservant un regard suffisamment critique pour être crédible. Philippe Paquet ne verse jamais dans la complaisance et plusieurs passages en témoignent, comme celui-ci : "l'Etat « protège et améliore le milieu où l'on vit et l'environnement écologique, et mène la lutte contre la pollution et les autres nuisances », affirme l'article 26 de la constitution chinoise, sans craindre de se répéter (...) Il est vrai que le désastre s'étale dans toute sa splendeur. Seize des vingt villes les plus polluées au monde sont chinoises, une performance qui est due à des phénomènes climatiques mais aussi à la politique maoïste qui consistait à implanter les usines au cœur du tissu urbain." ; ou encore, lorsqu'il parle de la condition féminine : "le déséquilibre des sexes (qui peut atteindre 140, voire dans les cas extrêmes 170 garçons pour 100 filles) est incontestablement devenu la première cause de dévalorisation du statut féminin. (...) La Chine communiste a poussé très loin l'égalité entre les sexes, au point de les confondre, au plus fort du maoïsme, dans un même costume unisexe. Il n'empêche que l'égalité parfaite est loin d'être réalisée." L'auteur nous parle aussi du "supplice des toilettes publiques", de la place Tian’anmen, "un vaste désert de dalles", de son absence "d’âme" et du dernier bain de sang de juin 1989. Mais même si les constats peuvent se faire alarmants, on apprend aussi nombre de choses qui éveillent notre curiosité : des explications linguistiques (sur le « pinyin », l’alphabet phonétique Chinois, sur l'origine du mot "Chine" etc.), des informations sur les noms et les prénoms chinois ("tout un programme"), et des particularités culturelles plutôt déroutantes (la traditionnelle pudeur, l'approche religieuse - les Chinois ne craignant pas de confondre et de mêler plusieurs dogmes, etc.) ; mais cet ouvrage procède aussi d'une démarche à double-sens, l'auteur donnant des précisions, dans de nombreux articles, sur le regard que les Chinois portent sur nous et nos valeurs, sur la façon dont ils considèrent la démocratie, ce que l'Europe et les Etats-Unis sont à leurs yeux, etc.
L'Abécédaire de la Chine se prête à un feuilletage désordonné, mais peut aussi servir de guide de voyage et par instants de manuel de savoir-vivre ; surtout, l'auteur parvient à dépasser les préjugés et les idées reçues (qui ont tendance à faire surface dès que l'on est confronté à des univers lointains, connus uniquement à travers quelques reportages ou lectures) et à nous faire prendre conscience de la complexité d'un peuple, d'une histoire et de sa culture. Il ne nous reste plus qu'à apprendre le chinois !

B. Longre
(mars 2004)

Chine, du côté des livres

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