Susanne Abbuehl
compass

(ECM 987 1934)


1/ Bathyal. 2/ Black is the Color… 3/ Where Flamingos fly. 4/ Lo Fiolairé. 5/ Sea, Sea !. 6/ Don’t set sail. 7/ The twilight turns from Amethyst. 8/ Primrose 9/ Bright Cap and Streamers. 10/ A Call for all Demons. 11/ Children’s Son N°1 12/ In the Dark Pine-wood.

Susanne Abbuehl (voix), Wolfert Brederode (piano), Christof May (clarinette, clarinette basse), Lucas Niggli (batterie, percussions), Michel Portal (clarinette dans plages 2 & 4) Enregistrement à Oslo en 2003 & 2004


Une vénusté envoûtante

Déjà April, son premier disque (novembre 2000, ECM) avait attiré l’attention sur cette vocaliste mi-suisse, mi-néerlandaise. Celui-ci, enregistré trois et quatre ans plus tard, non seulement confirme l’originalité de cette voix d’une fraîcheur naturelle gorgée de sensualité mais aussi ses talents de musicienne accomplie (interprétation, composition, arrangement sur des œuvres de Luciano Berio) de parolière aussi, ou plus exactement de poétesse (des mots sur les musiques de Sun Ra plage 10 et Chick Corea plage 11).

Interprétation : la mise en place de chaque note, cette distension des sons, cette manière apparemment facile de zigzaguer dans la matière du texte (Sea, Sea !), la voix passant d’un timbre à l’autre sans effet ostentatoire, éthérée sans afféterie ou artifice, une sorte de grâce proche de l’introspection, le dépouillement, allant parfois jusqu’au chuchotis, une voix «intérieure» sondant au plus intime, accordant une grande place au silence dans cet art de l’ellipse et de la confidence. A noter la version qu’elle donne du seul « standard » de jazz, sur un tempo d’une exquise lenteur (Where Flamingos fly, figurant sur le disque The newest Sound around du pianiste Ran Blake et de la chanteuse Jeanne Lee avec laquelle elle étudia).

Composition : avant tout la mise en valeur musicale de textes poétiques déjà musicaux en eux-mêmes, ceux de James Joyce par quatre fois (plage 5, de Finnegans Wake ; plages 7, 9, 12 de Chamber Music), de William Carlos William, écrivain américain peu connu en France, l’un des principaux protagonistes de la révolution moderniste aux Etats-Unis, au côtés de son ami Ezra Pound, et dont l’œuvre est présente aux éditions José Corti (Primrose) et de Feng-Meng Lung, poète chinois du XVI° siècle (Don’t set Sail).

L’instrumentation est réduite au minimum, un piano, une clarinette (à laquelle s’ajoute celle de Michel Portal sur les plages 2 et 4) et un percussionniste, les musiciens étant des familiers, le clarinettiste Christoph May et le pianiste Wolfert Brederode qui contribuent à la totale réussite de ce disque à l’atmosphère lancinante, quasi hypnotique, que je rapproche (et je pèse mes mots) d’un des chefs-d’œuvre de Maurice Ravel, Trois poèmes de Mallarmé pour voix et ensemble (1913).

Jacques Chesnel
(septembre 2006)

Jacques Chesnel, membre démissionnaire de l'Académie du Jazz, est l'auteur de plusieurs ouvrages sur le jazz dont Le Jazz en quarantaine, 1940-1946 (Isoète) et Les Grands Créateurs de Jazz avec G.Arnaud (Bordas) ; il a été consultant et auteur pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom.
Peintre, il prépare une rétrospective de 50 années de peintures inspirées par le Jazz.
www.jazz-chesnel.com

 

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