1/
Bathyal. 2/ Black is the Color… 3/ Where Flamingos fly.
4/ Lo Fiolairé. 5/ Sea, Sea !. 6/ Don’t set sail.
7/ The twilight turns from Amethyst. 8/ Primrose 9/ Bright Cap
and Streamers. 10/ A Call for all Demons. 11/ Children’s
Son N°1 12/ In the Dark Pine-wood.
Susanne
Abbuehl (voix), Wolfert Brederode (piano), Christof May (clarinette,
clarinette basse), Lucas Niggli (batterie, percussions), Michel
Portal (clarinette dans plages 2 & 4) Enregistrement à
Oslo en 2003 & 2004
Une vénusté envoûtante
Déjà
April, son premier disque (novembre
2000, ECM) avait attiré l’attention sur cette vocaliste
mi-suisse, mi-néerlandaise. Celui-ci, enregistré
trois et quatre ans plus tard, non seulement confirme l’originalité
de cette voix d’une fraîcheur naturelle gorgée
de sensualité mais aussi ses talents de musicienne accomplie
(interprétation, composition, arrangement sur des œuvres
de Luciano Berio) de parolière aussi, ou plus exactement
de poétesse (des mots sur les musiques de Sun Ra
plage 10 et Chick Corea plage 11).
Interprétation
: la mise en place de chaque note, cette distension des sons,
cette manière apparemment facile de zigzaguer dans la
matière du texte (Sea, Sea !), la voix passant
d’un timbre à l’autre sans effet ostentatoire,
éthérée sans afféterie ou artifice,
une sorte de grâce proche de l’introspection, le
dépouillement, allant parfois jusqu’au chuchotis,
une voix «intérieure» sondant au plus intime,
accordant une grande place au silence dans cet art de l’ellipse
et de la confidence. A noter la version qu’elle donne
du seul « standard » de jazz, sur un tempo d’une
exquise lenteur (Where Flamingos fly, figurant sur
le disque The newest Sound around du pianiste Ran Blake
et de la chanteuse Jeanne Lee avec laquelle elle étudia).
Composition
: avant tout la mise en valeur musicale de textes poétiques
déjà musicaux en eux-mêmes, ceux de James
Joyce par quatre fois (plage 5, de Finnegans Wake ;
plages 7, 9, 12 de Chamber Music), de William Carlos
William, écrivain américain peu connu en France,
l’un des principaux protagonistes de la révolution
moderniste aux Etats-Unis, au côtés de son ami
Ezra Pound, et dont l’œuvre est présente aux
éditions José Corti (Primrose) et de
Feng-Meng Lung, poète chinois du XVI° siècle
(Don’t set Sail).
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L’instrumentation
est réduite au minimum, un piano, une clarinette
(à laquelle s’ajoute celle de Michel Portal
sur les plages 2 et 4) et un percussionniste, les musiciens
étant des familiers, le clarinettiste Christoph
May et le pianiste Wolfert Brederode qui contribuent à
la totale réussite de ce disque à l’atmosphère
lancinante, quasi hypnotique, que je rapproche (et je
pèse mes mots) d’un des chefs-d’œuvre
de Maurice Ravel, Trois poèmes de Mallarmé
pour voix et ensemble (1913). |
Jacques
Chesnel
(septembre 2006)
Jacques
Chesnel, membre démissionnaire de l'Académie
du Jazz, est l'auteur de plusieurs ouvrages sur le jazz dont
Le Jazz en quarantaine, 1940-1946 (Isoète) et
Les Grands Créateurs de Jazz avec G.Arnaud (Bordas)
; il a été consultant et auteur pour l'Encyclopédie
Encarta sur CD-Rom.
Peintre, il prépare une rétrospective de 50 années
de peintures inspirées par le Jazz.
www.jazz-chesnel.com

http://www.ecmrecords.com/