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mises
en scène de Philippe Vincent
Fatzer de Brecht
Anatomie Titus Fall of Rome
Shakespeare / Heiner Müller
Avec
:
Stéphane Bernard, Yves Bressiant, Claire Cathy, Gilles Chabrier,
Garance Clavel, Anne Ferret, Jean-Claude Martin, Anne Raymond et
Philippe Vincent.
Richard
III, célèbre usurpateur de l'histoire britannique
(1483-1485) dont la personnalité fut noircie à l'époque
élizabéthaine, demeure un des plus célèbres
"villains" de William Shakespeare, incarnant une diabolique
soif de pouvoir et un désir joyeux de fomenter des complots.
Richard III est à la fois une 'pièce historique' et
une tragédie, "un captivant mythe théâtral
sans cesse revisité".
L'adaptation
de Richard III par Philippe Vincent surprend par son
audace et le ton provocateur qui en émane : libre interprétation,
vision personnelle d'une oeuvre populaire qui n'a cessé d'être
jouée depuis sa création. Le metteur en scène
s'est permis de nombreuses libertés, coupant le texte, intervertissant
les scènes ou en condensant d'autres, tout comme Shakespeare,
dans ses pièces historiques, exploitait plus ou moins librement
les sources des chroniqueurs Tudor et malmenait l'Histoire d'Angleterre
et la chronologie à des fins dramatiques et parfois politiques.
Philippe Vincent suit donc les traces du dramaturge et son approche,
en apparence décousue et sporadique, reflète certains
des grands thèmes shakespeariens, tout en nous projetant
très loin du théâtre élizabéthain.
Le traitement de l'oeuvre s'est en effet volontairement écarté
de tout académisme : le metteur en scène a délibérément
abordé la pièce du point de vue des autres personnages
et ne fait apparaître Richard qu'à la fin de l'Acte
IV, début de l'Acte V, déclarant : "Ce n'est
pas lui qui est terrible, ce sont les gens qui le font exister".
Son interrogation essentielle, on le voit, porte sur le concept
de tyrannie et le comportement inhumain du tyran ; les procédés
employés pour que Richard, absent physiquement, soit néanmoins
omniprésent, sont ingénieux, démesurés,
et toujours suggèrent, plus qu'ils n'expliquent : Richard
est le pivot du discours, ses voix sont protéiformes, et
les multiples dédoublements de personnalités font
tomber les masques : tour à tour manipulateur machiavélique,
acteur hypocrite (sachant feindre l'amour ou le chagrin), ' villain
' ou scélérat ou bien tyran usurpateur sans pitié.
Néanmoins, la vision qui ressort de ce portrait par procuration
est monolithique et on peut regretter le fait que Richard ne soit
entrevu que comme un démon (en témoigne son costume,
réminiscent de l'imagerie animale récurrente), une
vision sans nuances qui oblitère la notion de héros
tragique. Soit, la figure de Richard III est d'une complexité
telle qu'on ne peut en capturer toutes les facettes en une représentation
ce qui signifie que des choix sont nécessaires. Ici, la tragédie
d'origine est détournée pour devenir celle de ceux
qui accompagnent Richard III et/ou sont les victimes de sa quête
contre-nature. La seule évocation du destin tragique du tyran
est incluse au décor minimaliste, un virage en pente qui
peut être vu comme le symbole de l'ascension puis de la chute
de Gloucester.
Et pourtant, l'isolement du personnage est bien réel : si
monstrueux que sa vue ne peut être imposée au public,
seul face à ses collaborateurs puis accusateurs, seul face
aux imprécations et invectives des femmes, dont la prépondérance
sur scène est renforcée par le jeu vibrant des comédiennes.
En cela, Philippe Vincent est fidèle à l'oeuvre d'origine
et l'exploration des variations thématiques est bien menée
:l' ascension vers le pouvoir d'un corps politique dénaturé
en la personne d'un être difforme, engendrant alors chaos
et désolation dans le royaume (suggérés par
l'apparition de corps déformés et handicapés
à la limite du supportable et aussi par l'affaiblissement
physique du corps du roi Edward), confusion des protagonistes, relayée
par les échanges de rôles (les deux frères de
Richard, Clarence et Edward, joués par le même acteur,
par exemple). De surcroît, les bases du ressort tragique,
terreur et pitié, sont explicitement montrées, en
particulier sous les traits tourmentés d'un pathétique
Clarence au seuil de la mort.
Dans ce chaos qui évoque les pires régimes totalitaires
(évoqués entre autres par l'uniformisation des costumes
bureaucratiques), la musique répétitive de Daniel
Brothier et Bob Lipman est un fil conducteur qui nous guide entre
deux meurtres ou deux lamentations : variations jazzy, rock, guitares
saturées et saxophone plaintif, les instruments se font grinçants,
stridents ou chuchotants et s'accordent aux mouvements dramatiques
ainsi qu'au texte à la diction souvent saccadée et
accompagnent les jeux de lumière dans une rythmique de l'effroi
et de la terreur. Cette symbiose son/lumière/geste est parfaite
et ajoute à l'esthétisme de l'ensemble.
S'il est vrai que certaines scènes ne peuvent que laisser
perplexe, leur sens profond pouvant échapper, les quelques
interactions avec le public réjouissent, le metteur en scène
n'hésitant pas à étendre l'espace théâtral
hors du plateau (Buckingham s'adressant à la salle ou Lady
Anne montant vers son couronnement et sa mort) ; ce spectacle, en
dépit d'une approche parfois discutable de la figure de Richard
III, a le mérite d'éveiller notre curiosité
et nos sens par sa dynamique et son approche vivifiante.
B.
Longre
(janvier 2000)

Shakespeare
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Le
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