Du 11 au 22 janvier 2000
au Théâtre de la Croix Rousse, Lyon 4°
renseignements et location : 04 72 07 49 50

D'après Shakespeare
adaptation et mise en scène Philippe Vincent

 

mises en scène de Philippe Vincent
Fatzer de Brecht
Anatomie Titus Fall of Rome Shakespeare / Heiner Müller


Avec :
Stéphane Bernard, Yves Bressiant, Claire Cathy, Gilles Chabrier, Garance Clavel, Anne Ferret, Jean-Claude Martin, Anne Raymond et Philippe Vincent.

Richard III, célèbre usurpateur de l'histoire britannique (1483-1485) dont la personnalité fut noircie à l'époque élizabéthaine, demeure un des plus célèbres "villains" de William Shakespeare, incarnant une diabolique soif de pouvoir et un désir joyeux de fomenter des complots. Richard III est à la fois une 'pièce historique' et une tragédie, "un captivant mythe théâtral sans cesse revisité".

L'adaptation de Richard III par Philippe Vincent surprend par son audace et le ton provocateur qui en émane : libre interprétation, vision personnelle d'une oeuvre populaire qui n'a cessé d'être jouée depuis sa création. Le metteur en scène s'est permis de nombreuses libertés, coupant le texte, intervertissant les scènes ou en condensant d'autres, tout comme Shakespeare, dans ses pièces historiques, exploitait plus ou moins librement les sources des chroniqueurs Tudor et malmenait l'Histoire d'Angleterre et la chronologie à des fins dramatiques et parfois politiques. Philippe Vincent suit donc les traces du dramaturge et son approche, en apparence décousue et sporadique, reflète certains des grands thèmes shakespeariens, tout en nous projetant très loin du théâtre élizabéthain.

Le traitement de l'oeuvre s'est en effet volontairement écarté de tout académisme : le metteur en scène a délibérément abordé la pièce du point de vue des autres personnages et ne fait apparaître Richard qu'à la fin de l'Acte IV, début de l'Acte V, déclarant : "Ce n'est pas lui qui est terrible, ce sont les gens qui le font exister". Son interrogation essentielle, on le voit, porte sur le concept de tyrannie et le comportement inhumain du tyran ; les procédés employés pour que Richard, absent physiquement, soit néanmoins omniprésent, sont ingénieux, démesurés, et toujours suggèrent, plus qu'ils n'expliquent : Richard est le pivot du discours, ses voix sont protéiformes, et les multiples dédoublements de personnalités font tomber les masques : tour à tour manipulateur machiavélique, acteur hypocrite (sachant feindre l'amour ou le chagrin), ' villain ' ou scélérat ou bien tyran usurpateur sans pitié.

Néanmoins, la vision qui ressort de ce portrait par procuration est monolithique et on peut regretter le fait que Richard ne soit entrevu que comme un démon (en témoigne son costume, réminiscent de l'imagerie animale récurrente), une vision sans nuances qui oblitère la notion de héros tragique. Soit, la figure de Richard III est d'une complexité telle qu'on ne peut en capturer toutes les facettes en une représentation ce qui signifie que des choix sont nécessaires. Ici, la tragédie d'origine est détournée pour devenir celle de ceux qui accompagnent Richard III et/ou sont les victimes de sa quête contre-nature. La seule évocation du destin tragique du tyran est incluse au décor minimaliste, un virage en pente qui peut être vu comme le symbole de l'ascension puis de la chute de Gloucester.

Et pourtant, l'isolement du personnage est bien réel : si monstrueux que sa vue ne peut être imposée au public, seul face à ses collaborateurs puis accusateurs, seul face aux imprécations et invectives des femmes, dont la prépondérance sur scène est renforcée par le jeu vibrant des comédiennes. En cela, Philippe Vincent est fidèle à l'oeuvre d'origine et l'exploration des variations thématiques est bien menée :l' ascension vers le pouvoir d'un corps politique dénaturé en la personne d'un être difforme, engendrant alors chaos et désolation dans le royaume (suggérés par l'apparition de corps déformés et handicapés à la limite du supportable et aussi par l'affaiblissement physique du corps du roi Edward), confusion des protagonistes, relayée par les échanges de rôles (les deux frères de Richard, Clarence et Edward, joués par le même acteur, par exemple). De surcroît, les bases du ressort tragique, terreur et pitié, sont explicitement montrées, en particulier sous les traits tourmentés d'un pathétique Clarence au seuil de la mort.


Dans ce chaos qui évoque les pires régimes totalitaires (évoqués entre autres par l'uniformisation des costumes bureaucratiques), la musique répétitive de Daniel Brothier et Bob Lipman est un fil conducteur qui nous guide entre deux meurtres ou deux lamentations : variations jazzy, rock, guitares saturées et saxophone plaintif, les instruments se font grinçants, stridents ou chuchotants et s'accordent aux mouvements dramatiques ainsi qu'au texte à la diction souvent saccadée et accompagnent les jeux de lumière dans une rythmique de l'effroi et de la terreur. Cette symbiose son/lumière/geste est parfaite et ajoute à l'esthétisme de l'ensemble.
S'il est vrai que certaines scènes ne peuvent que laisser perplexe, leur sens profond pouvant échapper, les quelques interactions avec le public réjouissent, le metteur en scène n'hésitant pas à étendre l'espace théâtral hors du plateau (Buckingham s'adressant à la salle ou Lady Anne montant vers son couronnement et sa mort) ; ce spectacle, en dépit d'une approche parfois discutable de la figure de Richard III, a le mérite d'éveiller notre curiosité et nos sens par sa dynamique et son approche vivifiante.

B. Longre
(janvier 2000)

Shakespeare sur Sitartmag :
Anatomie Titus Fall of Rome (Shakespeare / Heiner Müller)
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Jules César

Le texte en ligne
http://www.bibliomania.com/Shakespeare/History/Richard3rd/

Le théâtre de la Croix-Rousse
http://www.croix-rousse.com/