du 16 au 20 mars 2002
Théâtre Les Ateliers, Lyon
Création Théâtre Les Ateliers


une pièce de
Lionel Spycher
mise en scène Gilles Chavassieux
Durée 1h50




en tournée
22 mars 2002 à Romans (26)
25 mars 2002 à Beauvais (60)

Tragédie moderne, 9 mm est une suite de variations sur les thèmes du pouvoir et de la responsabilité humaine, de la justesse de la justice et la loi du plus fort ; les lois de l'argent qui régissent notre société si injuste par moments, et dont le cynisme provoque la chute d'innocents. En 31 tableaux, l'auteur décline ces thèmes par le biais d'une fable contemporaine, où la responsabilité de la mort d'un enfant est en jeu ; tout se passe au coeur d'une jungle urbaine, dans un supermarché qui est la parfaite incarnation du système consumériste et libéraliste. Là, Monsieur Kléber, gérant du magasin, en jeune battant motivé par le profit, prépare ses plans marketing pour les fêtes de Noël, avec l'aide de sa secrétaire Nathalie. Cette dernière acquiesce à toutes les décisions de son patron et sa soumission symbolise un monde parfaitement aseptisé, un univers où même le désir est créé de manière artificielle, où les enfants sont la cible première de publicitaires et de vendeurs sans scrupules, qui ont perdu leur innocence.
Mais tout ne se passe pas si bien que ça : les comptes indiquent à M. Kléber que des marchandises disparaissent des stocks et il s'en prend indirectement à son chef de la sécurité, Alfa Allamodio, à qui il reproche la panne d'une caméra... Alfa, lui, est l'ami un peu réticent de Bruno Vendetti (un nom qui ne présage rien de bon), petit délinquant qui "serre les dents et garde les pieds sur terre", et qui entend bien profiter de tout ce que la vie lui a refusé jusqu'à présent. Il ressemble en cela à Kléber, que rien ne peut abattre : celui-ci rejette l'idée de "destin" et cherche à s'en affranchir par tous les moyens : image conquérante du self-made man aux chaussettes assorties à la chemise, dans un costume à la coupe étudiée... il possède tous les attributs de "l'homme moderne" (jusqu'à la cravate phallique), une assurance commerciale hors du commun et un optimisme forcé... Et pourtant, la tragédie l'attend lui aussi au tournant, alors qu'il refuse d'assumer la responsabilité d'un accident, engendré par un vol : le petit frère de Bruno Vendetti a volé un costume de Superman, et Kléber a obligé Alfa à appeler la police... L'enfant a volé pour pouvoir voler (comme son héros) : le verbe à double sens représente cette liberté inaccessible, la liberté toute nue mais aussi la liberté matérielle, obscène, qui, selon Kléber, ne fait pas le bonheur... De la même façon, les 9 mm du titre ne représentent pas seulement la taille d'une balle, mais aussi la courte distance qui existe entre la vie et la mort, entre le bien et le mal, la mesquinerie et la générosité, et entre le libre-arbitre et la destinée...
Pour contrebalancer la cruauté de ce réalisme social, admirablement décortiqué, un ange apparaît, une voix (un oiseau ?) entendue par Alfa, et qui poétise l'ensemble de la pièce, lui apportant la dimension quasi irréelle d'une fable. L'interprétation est excellente, tout particulièrement les performances de Vincent Dussart (Kléber) et Philippe Mangenot (Vendetti), en frères jumeaux que tout sépare pourtant. Les transitions sont habiles, et le décor parfaitement adapté à la mise en tragédie de ce conte qui prend parfois des allures d'allégorie.

B. Longre
(mars 2002)

Avec Vincent Dussart, Philippe Mangenot, Cécile Pegaz, Alain Pierre, Véronique Kapoian, Emmanuelle Ricci.
La pièce a été créée au Théâtre Les Ateliers le 27 Février 2001

"9 mm est un western. En tout cas, c’est ce que je voudrais que ce soit. Un « Western spaghetti » avec son cynisme à la limite de l’absurde, son humour noir où tout le monde est pathologiquement mauvais et donc humain. Pendant l’écriture, j’ai souvent pensé au film « Le Bon, la Brute et le Truand » et plus particulièrement à la scène finale qui se déroule dans le cimetière de « Sad Hill » où est soit disant enterré un butin. Comme dans ce film où le Bon n’est pas meilleur que la Brute ou le Truand, j’espère qu’aucun des personnages de 9 mm ne soit meilleur ou plus mauvais qu’un autre. J’espère qu’ils soient tous aussi bon que mauvais, qu’aucun ne soit noir ou blanc mais qu’ils soient tous gris avec chacun une douce folie qui les mènera ensemble sur l’impitoyable chemin de la Tragédie."
Lionel Spycher

Théâtre Les Ateliers
5, rue du petit david
69002 Lyon
04 78 37 46 30


© Marc Enguérand

Théâtre Les Ateliers
http://www.theatrelesateliers.com


http://entractes.sacd.fr/acte_12/fr_a12/acteii_auteur_spycher.htm

L'Arche
http://www.arche-editeur.com/Catalogue/V/vinaver2.htm

Gilles Chavassieux
http://www.comedie-francaise.fr/biographies/chavassieux.htm