La Cinquième saison
Arnaud Cathrine, d’Agnès Desarthe, Olivier Adam, Jérôme Lambert, Geneviève Brisac

L’Ecole des loisirs, 2006
dès 13 ans

 

 

Broderies de saison

La Cinquième saison ? Un recueil réunissant cinq auteurs incontournables de la littérature de jeunesse et de L’Ecole des Loisirs, chacun brodant une nouvelle sur une saison.
Et la cinquième ? Où se situe-t-elle ? Geneviève Brisac, éditrice et auteure, la situe dans le moment mélancolique du passé, entre deux temps, entre deux âges, entre deux lieux.

Arnaud Cathrine, dans Pas de printemps pour Charlie, signe le printemps. Le narrateur, 17 ans, vient passer un week end à Paris chez l’oncle Jacques qu’il ne voit jamais et qu’il ne connaît guère. Aucun enthousiasme ne le porte et il boude d’entrée le programme touristico-culturel de base élaboré par l’oncle, préférant squatter avec obstination l’unique canapé du petit appartement de Belleville. Charlie observe Jacques, si différent de son père si militaire et si rigide. Il découvre quelqu’un qui pourrait lui convenir, dans une ville où, peut-être, il pourrait rester.
L’été d’Agnès Desarthe s’appelle Un été chez vous. C’est Nora Montpassier qui parle et qui dit d’emblée ses peurs. La seule manière de canaliser un tant soit peu ses angoisses, c’est de faire des listes : liste des cafés où les toilettes sont propres, des lieux où l’on peut se reposer, où l’on peut manger gratuitement, des numéros d’urgence, de tous les portables de tous les gens qu’elle connaît ... Nora a peur de tout, des catastrophes naturelles, des accidents, des vacances, des microbes. Elle porte des vêtements très couvrants pour se protéger du monde extérieur. Si elle le pouvait, elle vivrait sous une bulle. Heureusement, une rencontre va l’en faire sortir.
L’automne d’Olivier Adam raconte Une plage en novembre. La narratrice revient à Saint-Malo dont elle n’a jamais vu la plage en cette saison, pour une raison bien triste. Le Grand Pa qu’elle adorait et dont elle était très proche vient de mourir. Il faut vider la maison pour la vendre, partager les objets, faire disparaître ce qui appartenait à son grand-père et qui faisait sa vie. C’est aussi l’enfance qui se termine, avec les longs étés insouciants à Saint-Malo où la famille entière se retrouvait. C’est enfin pour la jeune fille le temps des premières désillusions amoureuses, un automne à la fois doux et mélancolique, entre rires et pleurs.

L’hiver pour Jérôme Lambert, c’est Bonne année, toi même. Ou des difficultés à communiquer, y compris au téléphone, surtout le téléphone portable. Notre narrateur est un oiseau rare, plus rare que l’ours des Pyrénées, puisqu’il refuse catégoriquement de s’équiper. Il est pourtant sain d’esprit mais amoureux, et, au moment où l’on fait sa connaissance, il est transi, il attend qu’elle le rappelle. C’est le 31 décembre, il l’attend pour un premier réveillon en tête à tête et une première nuit. Dehors il fait un froid de loup et sa Claire n’arrive pas. Il tente de rester zen et confiant, il pense aux belles choses qui leur arrivent, il divague un peu, il rêvasse, il angoisse.
Chronique dramatico-humoristique d’une nuit d’hiver.

La cinquième saison, celle des entre-deux, revient à Geneviève Brisac qui tisse une jolie nouvelle intitulée La Reine a fait faire un bouquet. La narratrice, Akka, n’a pourtant plus de voix, aphone depuis qu’elle est arrivée dans la bergerie isolée sans eau ni électricité où elle passe ses vacances avec ses parents et leurs amis, adeptes d’une vie saine, naturelle et autarcique ; presque autiste aussi, n’est pas loin de penser l’adolescente. Elle ne supporte plus cela, les convictions de ces adultes qui ne lui demandent jamais ce qu’elle en pense, leur volonté de se promener tout nus, Serge, le psychiatre, qui la reluque un peu trop, les discussions, les mensonges, les principes... Akka ne veut donc plus parler, reste farouchement habillée : elle fait de la résistance. Elle a un seul allié dans cette place forte, Oreste, le fils de Serge, qui résiste aussi et se coupe de son monde avec son iPod.

Cinq nouvelles fortes où l’on entend les voix singulières d’adolescents en rupture avec leur milieu, ou bien confrontés à des terreurs enfouies, des secrets qui pèsent lourd. Ils doivent trouver leur voie / voix pour exister, parfois par le biais d’un amour naissant. Cinq beaux textes de littérature, passages aussi vers la littérature pour adultes, qui devraient séduire par leur justesse de ton de nombreux lecteurs.

Catherine Gentile
(octobre 2006)

Catherine Gentile est documentaliste, formatrice en littérature jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville et auteur de Bulles en stock (Bibliographie sélective et commentée de bandes dessinées, ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant plus de quinze ans.

 

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