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Broderies
de saison
La
Cinquième saison ? Un recueil réunissant
cinq auteurs incontournables de la littérature de jeunesse
et de L’Ecole des Loisirs, chacun brodant une nouvelle sur
une saison.
Et la cinquième ? Où se situe-t-elle ? Geneviève
Brisac, éditrice et auteure, la situe dans le moment mélancolique
du passé, entre deux temps, entre deux âges, entre
deux lieux.
Arnaud Cathrine, dans
Pas de printemps pour Charlie, signe le
printemps. Le narrateur, 17 ans, vient passer un week end à
Paris chez l’oncle Jacques qu’il ne voit jamais et qu’il
ne connaît guère. Aucun enthousiasme ne le porte et
il boude d’entrée le programme touristico-culturel
de base élaboré par l’oncle, préférant
squatter avec obstination l’unique canapé du petit
appartement de Belleville. Charlie observe Jacques, si différent
de son père si militaire et si rigide. Il découvre
quelqu’un qui pourrait lui convenir, dans une ville où,
peut-être, il pourrait rester.
L’été
d’Agnès Desarthe
s’appelle Un été chez vous.
C’est Nora Montpassier qui parle et qui dit d’emblée
ses peurs. La seule manière de canaliser un tant soit peu
ses angoisses, c’est de faire des listes : liste des cafés
où les toilettes sont propres, des lieux où l’on
peut se reposer, où l’on peut manger gratuitement,
des numéros d’urgence, de tous les portables de tous
les gens qu’elle connaît ... Nora a peur de tout, des
catastrophes naturelles, des accidents, des vacances, des microbes.
Elle porte des vêtements très couvrants pour se protéger
du monde extérieur. Si elle le pouvait, elle vivrait sous
une bulle. Heureusement, une rencontre va l’en faire sortir.
L’automne
d’Olivier Adam
raconte Une plage en novembre. La narratrice
revient à Saint-Malo dont elle n’a jamais vu la plage
en cette saison, pour une raison bien triste. Le Grand Pa qu’elle
adorait et dont elle était très proche vient de mourir.
Il faut vider la maison pour la vendre, partager les objets, faire
disparaître ce qui appartenait à son grand-père
et qui faisait sa vie. C’est aussi l’enfance qui se
termine, avec les longs étés insouciants à
Saint-Malo où la famille entière se retrouvait. C’est
enfin pour la jeune fille le temps des premières désillusions
amoureuses, un automne à la fois doux et mélancolique,
entre rires et pleurs.
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L’hiver
pour Jérôme
Lambert, c’est Bonne année,
toi même. Ou des difficultés à
communiquer, y compris au téléphone, surtout
le téléphone portable. Notre narrateur est un
oiseau rare, plus rare que l’ours des Pyrénées,
puisqu’il refuse catégoriquement de s’équiper.
Il est pourtant sain d’esprit mais amoureux, et, au
moment où l’on fait sa connaissance, il est transi,
il attend qu’elle le rappelle. C’est le 31 décembre,
il l’attend pour un premier réveillon en tête
à tête et une première nuit. Dehors il
fait un froid de loup et sa Claire n’arrive pas. Il
tente de rester zen et confiant, il pense aux belles choses
qui leur arrivent, il divague un peu, il rêvasse, il
angoisse.
Chronique dramatico-humoristique d’une nuit d’hiver. |
La cinquième
saison, celle des entre-deux, revient à Geneviève
Brisac qui tisse une jolie nouvelle intitulée
La Reine a fait faire un bouquet. La narratrice,
Akka, n’a pourtant plus de voix, aphone depuis qu’elle
est arrivée dans la bergerie isolée sans eau ni électricité
où elle passe ses vacances avec ses parents et leurs amis,
adeptes d’une vie saine, naturelle et autarcique ; presque
autiste aussi, n’est pas loin de penser l’adolescente.
Elle ne supporte plus cela, les convictions de ces adultes qui ne
lui demandent jamais ce qu’elle en pense, leur volonté
de se promener tout nus, Serge, le psychiatre, qui la reluque un
peu trop, les discussions, les mensonges, les principes... Akka
ne veut donc plus parler, reste farouchement habillée : elle
fait de la résistance. Elle a un seul allié dans cette
place forte, Oreste, le fils de Serge, qui résiste aussi
et se coupe de son monde avec son iPod.
Cinq nouvelles
fortes où l’on entend les voix singulières d’adolescents
en rupture avec leur milieu, ou bien confrontés à
des terreurs enfouies, des secrets qui pèsent lourd. Ils
doivent trouver leur voie / voix pour exister, parfois par le biais
d’un amour naissant. Cinq beaux textes de littérature,
passages aussi vers la littérature pour adultes, qui devraient
séduire par leur justesse de ton de nombreux lecteurs.
Catherine
Gentile
(octobre 2006)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.

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