Quatre à quatre
De Michel Garneau
Mise en scène d’Elvire du Chaffaut

Compagnie le Manège des Monts
Paris, Théâtre du Funambule, du 1er au 31 octobre 2006



Quatre femmes, quatre lilas

Pour traverser le siècle Quatre à quatre, dans l’entrelacs des souvenirs et des destins de quatre générations de femmes auxquelles l’auteur québécois Michel Garneau prête sa plume légère et sensible, Elvire du Chaffaut nous invite dans le grenier intime et chaleureux de la mémoire, décor propice à la confession comme à la mélancolie, mais que l’urgence du temps présent n’hésite pas à malmener.
Quatre filles s’épanchent, quatre amoureuses que l’amour n’a pas fini d’exaspérer : qu’il soit trop fort, trop cru, trop triste ou trop trouble, l’amour d’un homme rapproche les femmes, comme il sépare les mères de leurs filles, comme il noue la complicité entre grand-mères et petites filles. Quatre petites vies se racontent et dialoguent autour de la détresse moderne de la petite dernière, perdue avec son amour trouble entre un héritage prude et vieillot (la charmante arrière grand-mère bigote), un autre rocambolesque (la grand-mère sans gêne), et un tiers plus déprimant (la mère naïve).

Autour de la libération de la femme… et de ses excès, dans le triangle de l’amour, de la nature et de la poésie, Michel Garneau laisse couler son lyrisme ici truculent, là charnel, souvent amusé, toujours naturel, fluide et très imagé, sans pinailler, tout simplement, avec un dynamisme chaleureux auquel s’abandonnent joliment les comédiennes – nommons Laurence Berger, Frédérique Charpentier, Florence Le Corre, et Anne Marquot, dans une distribution très juste. Les regards échangés sont pétris d’impatience passive comme de frustration agressive, mais surtout de connivence, dans l’amour comme dans la haine : chaque femme a sa complexité, et c’est précisément cela qui fait que, comme par magie, au terme des soupirs et des cris, elles se comprennent…

Nicolas Cavaillès
(octobre 2006)

 

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