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Fantôme es-tu là ?
Rien de bien
novateur dans les thèmes qui sous-tendent ce roman terrifiant
: la littérature universelle regorge de revenants maléfiques,
d'âmes égarées et de maisons hantées
et l'on pourrait penser que Susie Maloney emprunte ici des voies
bien usées. Il est vrai que les fantômes que l'on rencontrera
dans la maison située au 362 Belisle Street ressemblent à
beaucoup d'autres mais au-delà de ces inquiétantes
figures, qui joueront des tours bien cruels aux occupants successifs
de ladite demeure, ce thriller intimiste recèle certaines
qualités méritant d'être soulignées.
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D'abord,
comme dans La maison inhabitée
de Mrs Riddell, la maison en question
existe en autonomie, comme un être à part entière,
avec ses désirs propres et ses caprices, ses idiosyncrasies
et voire, parfois, sa compassion. L'autre originalité
tient plus à la forme du récit, habilement construit,
qu'au contenu lui-même, assez conventionnel : le roman
comporte en réalité quatre histoires bien distinctes
qui ne se rejoignent pas nécessairement, mais qui s'inscrivent
autour d'un personnage pivot, Glenn ; cette dernière,
étrangement apaisée par le lieu, apparaît
peu à peu comme la complice involontaire de la maison
et des êtres impalpables qui séjournent là.
C'est à elle que revient la dure mission de faire visiter
l’endroit et de trouver des acheteurs. Glenn s'efface
du récit dès que la maison est vendue, mais réapparaît
régulièrement, quand les propriétaires
(du moins ceux qui survivent...) tentent de s'en débarrasser. |
Dans le même
temps, l’auteure, plutôt que de nous surprendre par
le biais de quelques scènes d’épouvante vues
et revues, s’est intéressée à créer
une atmosphère souvent déroutante et a choisi de prendre
son temps : elle s’octroie quelques pauses permettant d’approfondir
psychologiquement et socialement les portraits de chacun des personnages
(un jeune couple mal assorti, une mère divorcée et
son petit garçon complexé, un écrivain alcoolique
sur le retour), pour lesquels il est difficile d'éprouver
une réelle sympathie... Aucun ne ressort indemne de l’aventure,
mais on se plaît à penser que ce qu’ils ont trouvé
au 362 Belisle St. reflète leurs propres maladresses, leurs
terreurs ou leurs fantasmes. L'intrigue est joliment ficelée
et le dénouement paradoxalement paisible, une douceur macabre
qui prend le lecteur par surprise, lui laissant le choix de l'interpréter
à sa guise...
B.
Longre
(février 2004)

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