362 Belisle St.
Penguin, 2003

 

 

Fantôme es-tu là ?

Rien de bien novateur dans les thèmes qui sous-tendent ce roman terrifiant : la littérature universelle regorge de revenants maléfiques, d'âmes égarées et de maisons hantées et l'on pourrait penser que Susie Maloney emprunte ici des voies bien usées. Il est vrai que les fantômes que l'on rencontrera dans la maison située au 362 Belisle Street ressemblent à beaucoup d'autres mais au-delà de ces inquiétantes figures, qui joueront des tours bien cruels aux occupants successifs de ladite demeure, ce thriller intimiste recèle certaines qualités méritant d'être soulignées.

D'abord, comme dans La maison inhabitée de Mrs Riddell, la maison en question existe en autonomie, comme un être à part entière, avec ses désirs propres et ses caprices, ses idiosyncrasies et voire, parfois, sa compassion. L'autre originalité tient plus à la forme du récit, habilement construit, qu'au contenu lui-même, assez conventionnel : le roman comporte en réalité quatre histoires bien distinctes qui ne se rejoignent pas nécessairement, mais qui s'inscrivent autour d'un personnage pivot, Glenn ; cette dernière, étrangement apaisée par le lieu, apparaît peu à peu comme la complice involontaire de la maison et des êtres impalpables qui séjournent là. C'est à elle que revient la dure mission de faire visiter l’endroit et de trouver des acheteurs. Glenn s'efface du récit dès que la maison est vendue, mais réapparaît régulièrement, quand les propriétaires (du moins ceux qui survivent...) tentent de s'en débarrasser.

Dans le même temps, l’auteure, plutôt que de nous surprendre par le biais de quelques scènes d’épouvante vues et revues, s’est intéressée à créer une atmosphère souvent déroutante et a choisi de prendre son temps : elle s’octroie quelques pauses permettant d’approfondir psychologiquement et socialement les portraits de chacun des personnages (un jeune couple mal assorti, une mère divorcée et son petit garçon complexé, un écrivain alcoolique sur le retour), pour lesquels il est difficile d'éprouver une réelle sympathie... Aucun ne ressort indemne de l’aventure, mais on se plaît à penser que ce qu’ils ont trouvé au 362 Belisle St. reflète leurs propres maladresses, leurs terreurs ou leurs fantasmes. L'intrigue est joliment ficelée et le dénouement paradoxalement paisible, une douceur macabre qui prend le lecteur par surprise, lui laissant le choix de l'interpréter à sa guise...

B. Longre
(février 2004)

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