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Désynchronisation familiale
C’est
une histoire de famille, retorse et ambivalente. Une famille où
les hommes n’ont jamais vraiment eu leur mot à dire
et où ce sont les femmes qui occupent le devant de la scène,
en premier chef la pétulante arrière-grand-mère,
modiste allemande, Maria Blumenträger, puis ses filles, petites-filles,
jusqu’à son arrière petite-fille, qui tente
de compléter le puzzle de ces Allemands devenus Néerlandais
par nécessité, « immigrés qui ont
refermé la porte derrière eux. »
La narratrice livre une guérilla sans merci à sa mère
Ilna qui refuse de livrer ses souvenirs à sa fille, dont
elle se méfie. Nous sommes 100% chimique, a entendu dire
cette dernière à la télé, alors à
quoi bon aller chercher l’âme de la famille ? Pourquoi
vouloir inventer n’importe quoi ? Sans aucun égard
pour la chronologie, la narratrice nous balade d’époque
en époque, d’une branche à l’autre de
l’arbre généalogique, de génération
en génération, d’un bout à l’autre
du XXème siècle, à la recherche de ses origines.
Elle tisse la trame d’une histoire parfois chaotique, met
à jour quelques mystères, en débusque beaucoup
d’autres indéchiffrables. Elle reconstitue des évènements
dont l’unité se cristallise autour d’objets cruciaux
et anecdotiques qui chapeautent les destinées familiales
(voitures, chaussures, laine, plumes) et autour de lieux emblématiques
: l’Allemagne fuie dans les années 30, les Pays-Bas
terre d’accueil parfois revêche, et la lumineuse Italie
au ciel bleu clair des vacances.
Héritages,
atavismes, rancoeurs, hauts-faits, décès, non-dits,
jardins secrets, fuites, mariages, amitiés — la parole,
tel un geyser imprévisible, fait parfois émerger les
fantômes. Analogues à Pfiffikus, le perroquet de l’arrière-grand-père
particulièrement doué pour le langage, les tournures
idiomatiques d’Ilna la trahissent plus qu’elle ne le
voudrait car on peut essayer de dénier le passé, la
langue maternelle se charge de nous y ramener irrémédiablement.
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100%
chimique est une chronique familiale atypique
dans sa forme, et pas toujours facile à suivre pour
le lecteur tant cet art du coq-à-l’âne
déstabilise et désarçonne. Mais Doeschka
Meijsing pouvait-elle démêler l’écheveau
du passé et tout mettre à plat sans compresser
scandaleusement l’épaisseur de l’Histoire,
et, plus opaque encore, celle des individus ? Reconnue dans
son pays où elle a publié de nombreux ouvrages,
elle est encore en France un auteur confidentiel à
découvrir.
Myriam
Gallot
(janvier 2008) |
Myriam
Gallot, passionnée de littérature
et de cinéma documentaire de création, exerce actuellement
le métier de professeur de Lettres en lycée, mais
aspire à vivre de l'écriture.
http://lemeilleurdesmondes.blogs.courrierinternational.com/

http://www.francisdannemark.be/editions_escales.php
http://www.castorastral.com/
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